Arnaud Giovaninetti s’en est allé …

Je suis sous le choc. Il est parti le 23 janvier. Son décès a été communiqué plus tard. Mon mari m’a téléphoné hier pour que je ne découvre pas moi-même sur mon smartphone la triste nouvelle… Arnaud Giovaninetti était un très grand comédien. Visage familier du petit écran, il avait reçu de nombreuses distinctions au théâtre et fait carrière au cinéma notamment dans « l’Amant » avec Jane March. Je l’avais rencontré il y a des années pour parler du film « Jésus » et de sa foi. Nous avions par la suite beaucoup discuté du milieu artistique, de la religion, de la vie, de la mort, dans des cafés ou au téléphone. Nous avions poussé la réflexion autant que possible, des mois plus tard, dans l’effervescence de nos vies surchargées, au Dalou, place de la Nation ou dans un bar qu’il aimait bien entre Bastille et Gare de Lyon. Il s’était étonné de mon cursus de théologie et moi qu’il ait été – plus jeune – fan du groupe Japan comme moi. J’étais alors une journaliste débutante ravie de rencontrer quelqu’un de sa trempe. Je lui avais offert mes livres et il m’avait rappelée pour en parler et me donner ses conseils toujours sincères et avisés d’artiste complet (« Adopte des phrases plus courtes, des mots plus incisifs et moins enrobés ! »). Il avait parfois émis des critiques jusqu’à la récompense ultime : un texto qui disait « J’ai lu ton roman d’un trait. J’ai adoré. Continue comme ça ! » Une fois je l’avais photographié, assis sur un banc, le dirigeant maladroitement : « Regarde à droite, à gauche, lève les yeux… » Cela l’avait beaucoup fait rire. Il y avait chez lui une chaleur et une sincérité naturelles. Et cette voix inimitable ! Lors de notre rencontre, sur la fin de l’entretien, il avait osé se moquer de mon sac en cuir jaune, en hésitant, en me « testant », un peu à l’instar d’un gamin sur le point de sortir une bêtise, moi de ses moustaches (qu’il devait porter à contre cœur pour les besoins d’un casting). Il avait conclu qu’entre « mon sac jaune » et son « look de plouc » nous allions nous faire virer de tous les bistrots de Paris. C’était amusant ces rencontres qui ne se prenaient pas du tout au sérieux. Et puis après ça il était resté là, dans l’ombre de ma vie, de nos vies, toujours prêt à rendre service ou à vous gratifier d’un appel le dimanche matin lorsqu’il ressentait chez vous un impérieux besoin de « soutien ». Lors de l’une de nos dernières rencontres il m’avait promis un « jogging au parc Montreau », lieu de mon enfance que je lui avais conté à travers mes souvenirs de petite-fille et que j’avais probablement sublimé dans mon imaginaire… Une virée pendant laquelle nous aurions craché nos poumons et qui n’aura jamais lieu… Aujourd’hui un pilier de mon passé s’est effondré. Sa présence rare mais rassurante a disparu, laissant place au vide et à une tristesse indicible. En hommage et parce que je veux me souvenir de tous ceux qui m’ont inspirée et poussée vers l’avant, à un moment donné de ma vie de journaliste ou d’artiste, je publie mon article de l’époque. Je nous revois assis tous les deux, face à face, lui tenant mon petit dictaphone noir tel un micro et moi me pinçant régulièrement comme pour me dire que « tout ça était bien réel ». Merci la vie. Pour parler de son enfance chez les Jésuites, du Seigneur, de Marie, il s’était montré spirituel, bien plus que je ne l’aurais pensé. Ma propre foi m’était alors apparue comme minuscule et en « veille »… Repose en paix, Arnaud, être solaire. Ils sont nombreux ceux qui t’aimaient, qui t’aiment et qui sont brisés en ce jour.

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Photo © Céline Schmink

 

 

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