Celle qui s’appelait Mechthild …

portrait

Spring break et autres réjouissances …

Voici plusieurs jours que je pense à Elle et que je pense à écrire à son sujet, mon amie Mechthild (Mathilde), gracile et longue silhouette, sculpturale jeune fille rencontrée un soir de 1996 dans les sous-sols de l’école de design que je fréquentais alors. Cet établissement avait pour usage de confier l’organisation de ses soirées aux étudiants d’autres écoles d’art, afin de « croiser » les réseaux, de pousser les élèves à voir ce qui se faisait ailleurs et à « fédérer » les professionnels de demain en les faisant se rencontrer en d’agréables contextes comme les Fêtes de fin d’année ou encore le début de « Spring break »…

Cette année-là l’organisation de la fête de « Spring break » fut confiée à un collectif d’une célèbre école de décoration intérieure. Son « président » n’était autre qu’un étudiant de 22 ans beau comme un Dieu, trilingue français-anglais-allemand bien qu’il nous vienne d’Israël. Bien entendu toutes les damoiselles de l’école l’avaient repéré… Obtenir un rendez-vous ou un simple « verre » avec lui pendant le temps qu’il passait « chez nous » à organiser cette inoubliable soirée était devenu l’ultime challenge… Je rentrais des cours du soir lorsque je tombais sur ce superbe spécimen qui après avoir engagé la conversation en faisant mine de s’intéresser à la provenance de mes Doc Marten’s Collector (un incroyable dragon était brodé sur le côté) m’invita à siroter un cocktail dans le quartier.

Le courant passait plutôt bien entre nous. Visiblement mes histoires lui plaisaient et l’amusaient. C’est peut-être pourquoi il me donna son numéro de téléphone, non certain de me voir à la fameuse fiesta puisque je me trouvais alors en pleines révisions de mon BTS Communication…

A young B.B …

Le jour J je me libérais tout de même jugeant avoir « assez travaillé pour aujourd’hui ». J’arrivais donc parmi les premiers participants à la Fête de Spring Break où j’avais emmené une de mes amies de lycée. L’ambiance battait son plein et nous dansions collé-serré lorsqu’un de ses « potes » arriva paniqué : « Oh la la, ça va barder pour toi Vieux ! Mechthild est là ! « . Vous l’avez compris, la fameuse Mechthild était son « officielle ». Ma copine m’attrapait par le bras : « Laisse tomber, me dit-elle, mieux vaut nous éclipser si sa nana lui tape une crise de jalousie ». Nous allions le quitter lorsque la fameuse Mechthild pénétra avec toute la fraîcheur de ses 25 ans dans la pièce. Ce n’était pas une « gamine » trop maquillée mais une très belle jeune fille nature à la chevelure blond-vénitien affichant de faux-airs de Brigitte Bardot. Cette « young B.B » se mit à hurler « Surprise ! «  le sourire aux lèvres, dévoilant une superbe dentition blanche et éclatante. « Moi, euh, je ai prit l’avion pour toi te faire plaisir par ton anniversaire ! «  expliqua-t-elle en rigolant. « C’est ma copine Mechthild. Elle vit maintenant en Hollande mais on est ensemble depuis 9 ans! » expliqua le beau ténébreux, gêné mais bien obligé de dire la vérité pour éviter toute confusion. Visiblement la belle Mechthild n’avait pas que sa beauté pour elle. Elle était super sympa ! Elle me regarda un peu bizarrement et me dit sans s’encombrer de principes: « Ah ! Toi draguer Robb je devine ! « . « Euh, non, non pas du tout, expliquais-je un peu confuse. Moi juste étudiante ici ! «  « Ah bah, pas grave. Viens ! Toi et moi avoir tequilas open bar, cul sec hein ? » répliqua-t-elle. Pour moi qui suis une vraie jalouse, le comportement de Mechthild me parut surréaliste ! Elle se fichait réellement que je flirte avec son copain. Elle était au-dessus de tout ça et lui on se demandait ce qu’il pouvait bien me trouver, avec mon look gothique de l’époque et mes kilos en trop, quand on voyait la perle rare qui était follement amoureuse de lui depuis 9 ans !

Et frapper des téquilas ensemble !

Me voici donc avec la grande et mince Mechthild en train de taper des tequilas sur le comptoir. « Ja, ja, ja, ja ! Encore une! Ja, ja, ja! » hurlait Mechthild en riant ! Nous voici toutes les deux ivres mortes, saoulées aussi au mezcal pendant que Robb, le beau mec, était reparti à son « business » à savoir l’organisation de cette grande soirée qui semblait être la chance de sa vie…

Je quittais Mechthild au petit matin. « Très belle la soirée ! Merci Céline ! On s’est bien amusé hein? ». Mechthild, qui avait finalement passé très peu de temps avec Robb, repartit toute seule en taxi reprendre l’avion pour Amsterdam, son sac seau rouge de chez Lancel à la main. Elle me téléphona quelques jours plus tard pour me donner des nouvelles et en prendre. Mechthild travaillait déjà, elle était assistante de prod dans une grosse boite de pub. Elle me raconta dans un français très particulier et assez dur à comprendre lorsqu’on a pas l’habitude, la beauté de la vie à Amsterdam, tentant de me convaincre, à chaque fois, de venir m’y installer : « Le travail, les mecs ? Plein on en a ici ! Allez, viens ! Moi te présenter un homme parfait! Toi faire bonne voisine pour moi ! »

Un drôle de faire-part …

Le temps fila quand, en 2010, je reçu un email de Mechthild. Elle disait qu’elle passait à Paris et voulait me voir. Elle travaillait maintenant dans la rédaction d’un magazine international sensé traiter de mode (mais dont les pages étaient pleines de publicités) et fréquentait les afters journalistiques d’un fameux club situé près des Champs-Elysées. Nous nous retrouvions donc avec deux de mes amies et un copain informaticien assis sur les canapés feutrés du lieu. Pour l’occasion j’avais confié Noé, mon fils (5 ans alors) à ses grands-parents. Je fus ravie de revoir Mechthild mais elle avait changé… Pas physiquement. elle semblait à peine un peu plus vieille. Quelque chose s’était éteint en elle malgré ses délires continuels et ses sourires.

La semaine d’après Mechthild revint avec un grand sac duquel elle sortit une pochette de papier Canson. Elle nous montra le faire part qu’elle avait dessiné pour son mariage qui avait lieu quelques mois plus tard. Elle parlait peu de son futur mari qui travaillait dans l’immobilier, en Hollande. Sur la carte elle s’était dessinée en grande bringue, en géante à boucles blondes. Son mari était plus petit qu’elle et avait un large sourire brossé à l’encre de chine et des cheveux bouclés qui le faisait ressembler à une caricature de Garfunkel. Elle me montra toutes les déclinaisons de couleurs qu’elle avait prévu pour le faire-part. Je connaissais peu Mechthild finalement mais je l’avais eu régulièrement au téléphone entre 1996 et 2010, de temps à autre elle m’avait envoyé une carte postale : Los Angeles, Madrid, Malte, elle semblait avoir fait le tour du monde. Son obsession sur le faire-part ne lui ressemblait pas… Elle n’était pas du genre à s’encombrer de conventions, Mechthild.

Son petit nez retroussé se mit à rougir

Puisque qu’elle était à Paris pour 3 semaines, nous nous revîmes encore une fois dans un bistrot branché des Champs-Elysées. Elle avait refait le faire-part, tout changé et trouvait que c’était beaucoup mieux ainsi. Je commençais alors à gentiment la « chambrer » devant les cafés et les brownies que nous venions de commander et devant nos amis qui étaient bon public. « Tu as raison Mechthild, c’est beaucoup mieux ainsi ! Le faire-part c’est très très important. Je dirais même mieux : c’est vital ! C’est probablement cette petite chose en papier qui fera que ton mariage fonctionnera ou pas ! «  Je rigolais bien-sûr. Mais bientôt je regardais Mechthild. Elle avait les yeux brillants. Je lui demandais si la fumée de ma cigarette l’embêtait mais au moment où je prononçais cette phrase, dans ma tête je compris qu’elle allait pleurer. Ses yeux s’embuèrent alors de larmes et son petit nez retroussé se mit à rougir. Mechthild pleurait ! Cette fille si belle, si parfaite, si gentille, celle qui était devenue amie avec moi alors que j’étais sur le point de lui piquer son petit-ami il y a des lustres et qui prenait des nouvelles de moi depuis des années sans rien demander en retour venait de s’effondrer, cachant son visage derrière son épaisse chevelure, regardant le sol pour que personne ne la voie… Je lui demandais ce qui clochait. « Maman est morte il y a six mois. Je n’arrive pas à m’en sortir. Mon patron m’a virée car je manquais de concentration. Ce faire-part est le seul projet qui me permet de penser à autre chose alors j’y passe mes journées. Je ne pense plus au reste comme ça… Je sais, c’est stupide » me dit-elle d’un français qui – au fil du temps – était devenu parfait. Je saisis d’un seul coup tout l’égoïsme de mes propos. Mechthild allait mal et je ne l’avais pas remarqué. Je pensais juste passer de bons moments, comme à l’époque, avec une allemande déridée qui ne se refuse jamais une fiesta, un plaisir, une Gatsby-le-magnifique en jupons au portefeuille bien garni ce qui est bien pratique quand on sort ou qu’on fait du shopping dans des quartiers où toute seule on ne peut même pas se permettre un déjeuner… Non, on ne sait jamais ce qu’une « petite chose » peut signifier et « soutenir » pour l’Autre et c’est effrayant, au fond…

Mechthild est repartie le lendemain pour la Hollande, ni vraiment heureuse, ni vraiment fâchée. Je n’ai plus jamais eu de nouvelles d’elle, si ce n’est par le compte Facebook de Robb, le beau-mec qui nous avait permis de faire connaissance. Oui, Mechthild s’en est allée avec sa joie de vivre et ses spartiates jaunes surmontées de grosses fleurs roses en tissu, son sac de chez Marant et sa capeline de chaperon rouge, comme elle était venue : soudainement, sans rancœur, sans narcissisme, accessible et chaleureuse même drapée dans le noir voile du chagrin…

Elle est montée dans un taxi pour regagner la Hollande, mais au lieu d’agiter la main comme à chaque fois pour nous saluer, elle a sorti un petit calepin de son sac, derrière la vitre, et a fait semblant d’écrire quelque chose d’important à l’intérieur pour éviter de croiser nos regards gênés… Peu importent maintenant les jours, les semaines, les mois ou les années qui passent, rien ne vient – dans ma mémoire – altérer le portrait de cette fille hors du commun qui semblait venir d’une si lointaine planète où la rivalité et la jalousie n’avaient pas leur place, rien ne vient éroder l’image aimante et évanescente de Celle qui avait décidé d’aimer les gens et de croire en la bonté de la nature humaine, de celle venue d’Allemagne et d’ailleurs, de Celle qui s’appelait Mechthild…

 

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