Cette nuit où j’ai failli tout plaquer pour un inconnu …

Le mec, la mèche rebelle me mate à mort, avec ses faux airs de River Phoenix, mon idole disparue quelques années plus tôt…

J'ai failli tout quitter pour un inconnu!

Ce qui est bien avec le début de la « mid life crisis » comme ils disent aux US, c’est qu’on a tendance à « introspecter » aussi les bons moments… En 1998, j’ai 23 ans et je me galère à pleine puissance dans tous les domaines de ma vie de « fille ». Artiste dans l’âme depuis mon plus jeune âge, je fais face à une profonde crise (déjà!): la non-reconnaissance de mes premiers écrits et de mes premières photos par mon entourage proche. La pire des choses pour mon ego rafistolé de toutes parts… C’est ce qui me fait alors le plus mal. Terminée la « crise de foi en moi » de mes 20 ans, tout me semble sombre comme dans une chanson de Christian Death. A la même époque, quelque part à London, Robert Smith chante ses bloodflowers…

Nerpelt state of mind…

Après une année à la fac en double cursus « art et danse », j’ai obtenu un BTS Communication et commencé à enchainer les petits boulots en agences. Désenchantement. Puis un pote se suicide et c’est la goutte d’eau qui fait déborder le vase. Je tire un trait à la fois sur mon meilleur copain de lycée et sur mon amoureux de l’époque. 5 ans qui s’envolent en fumée en quelques minutes. C’est beaucoup 5 ans quand on en a que 20… Je fréquente un peu les Arts et Métiers, je traine dans les festivals goth ici et là, Strasbourg, Nerpelt et j’en passe. Puis je me casse à Risoul, lassée de cette vie parisienne m’apparaissant obscure comme une chanson des Sisters of Mercy. Je deviens saisonnière, moi qui déteste le froid et le ski c’est vraiment le pompon! Sur les pistes je rencontre un mec, va pour une histoire de quelques années mais je ne suis pas si emballée que ça…

Et ce n’est pas l’appartement cosy, design et neuf qu’on se dégotera à Saint-Maurice à deux pas du Bois de Vincennes qui changera mon état d’esprit. Même en couple je n’ai aucune envie de renoncer à ma singularité, mes frusques noires, mes CD de Cure etc. A 23 ans je ne sais plus pour quoi je suis faite, j’ai touché à la chanson, à la photographie, j’ai même bossé en labo pro mais je suis une touche à tout et ma famille comme mon mec me supplie de « me poser », enfin. « Putain Céline! Décide toi enfin sur ce que tu veux faire! » A l’époque être multi-disciplinaire revient à être que dal. Joie!

« Patrice, merde c’est une artiste! »

Donc me voici empêtrée entre une meilleure copine qui a raté trois fois son bac mais qui malgré tout vole de ses propres ailes dans une grande boite, des parents qui se désespèrent (« Patrice, merde, c’est une artiste! ») et un copain mesurant 40 cm de plus que moi qui me supplie de « rentrer dans la normalité » et aussi de porter des talons toujours plus hauts (vers la connerie…) Comme il faut bien quelques projets communs pour faire grandir un couple aussi épanoui que le notre, on décide de se marier. J’accepte puisque de toutes façons « je n’aurai jamais Robert Smith »… No comment. Entre temps j’entame une psychanalyse, avec un psy si impliqué dans mon histoire que parfois il décroche et se croit en Espagne… A 70 balles de l’heure, je me dépêche de me guérir moi-même comme j’ai entendu à l’église que je fréquente depuis peu, ne sachant plus à quel saint me vouer… Mon passage du vaudou au christianisme ne s’est pas fait sans fracas… I can get no satisfaction…

Trop de joie!

Novembre 1998. J’essaye ma robe de mariée dans une cabine de Tomy mariage à Aubervilliers. Tout cela commence très mal… Je veux la robe Marilyn, celle qui sonne « Hollywood glamourous » mais ma future moitié veut du « plus conventionne »l (on s’en serait pas douté…) Je me persuade donc que la robe « Laura Ingalls » est mieux pour moi… Joie bis! Ma future belle-mère fait une crise à la maison chez mes parents, elle pleure car je n’ai pas choisi ses ballons préférés: les blancs (comme la neige)… La moutarde commence gentiment à me monter au nez. La crainte s’installe en moi de dire « Non! » le jour J…

Ma meilleure copine, qui part régulièrement en vacances avec le mec dont j’ai été amoureuse toute ma scolarité (Pas grave! Avec Urgo plus de bobos…) je me dois de le préciser, vient de temps en temps chez moi: « Ma pauvre! Et si tu abandonnais tes rêves d’écrivaine pour que je te dégotte un boulot d’hôtesse d’accueil ? Ce serait bien pour toi ça! Regarde moi je gagne 10 000 francs par mois! » Bien-sûr, elle trouve le futur mari super, elle le croise même là où elle bosse alors… et aussi qu’il a du courage de se coltiner une « gamine qui croit qu’elle va devenir une grande artiste un jour »… Amitié, quand tu nous tiens!

Je viens de terminer un contrat de deux mois en labo pro, mon chat est mort et je me retrouve de nouveau en galère avec un fiancé qui insiste lourdement: « Trouve quelque chose, n’importe quoi, je ne sais pas, deviens caissière! » Chaque jour un peu plus près des étoiles…

Un contrat en or massif chez Pizza Hut!

On me propose enfin un contrat en or! 15 jours de sondages au Pizza Hut de la Queue (en Brie…) Voyant enfin se concrétiser le rêve fou de mon futur mari que j’aie un job normal (et même en dessous de tout, il n’y a jamais de sous-métier, surtout quand c’est les autres qui se le coltinent), je fonce sur l’occasion! Nous sommes une équipe de 4 sondeurs à nous relayer, tour à tour, matin et soir pour obtenir l’opinion des clients sur les pâtes, les ingrédients, le service et des tas de choses très primordiales… Pour aller direct à « La Queue », je prends ma Clio.. Je passe par Champigny, je monte les coteaux, c’est bucolique à souhait! Je est une autre…

Je sonde les plus grands!

Chez Pizza Hut je sonde les plus grands: la patronne de Kiabi, le gigolo du coin et même un cycliste très connu qui mange 17 parts de pizza tous les midis (je ne me souviens plus de son nom mais le mec fut charmant, un grand homme!) A la radio, les derniers sursauts de Manau et de sa vallée oh oh de Dana… Accessoirement je tombe même sur un bon pote de mon ancien amoureux de lycée (« La nana qui fait les sondages, je la connais! Elle a largué machin du jour au lendemain la salope…) Souvenirs, souvenirs…

Bref, mon 15ème jour de boulot arrive enfin, ce matin-là j’ai eu un peu la flemme de me faire jolie, j’ai même eu la flemme de me maquiller… J’ai pris une douche rapido presto et – horreur – j’ai mis un haut à motif sous ma veste rouge à col Mao de chez Dior (attention, ils sont soignés les sondeurs!) Le moteur de la Clio ronronne presque gaiement sur les hauteurs de Champigny. On prend de l’altitude… J’ai du bol aujourd’hui, j’ai enchainé tous les feux vert d’un coup! Sans bruit, sans angoisse, la journée se passe…

Coup de foudre in « la Queue-en-Brie »!

Je termine théoriquement à 22h30 ce soir-là. Il faut être sur place tard pour questionner un maximum de clients. 22h00, plus que 30 mn à tirer et je rentre chez moi. Je monte poser mon attirail dans la réserve mais la patronne me rappelle: « Céline, Céline ne t’en vas pas, il y a deux clients qui viennent d’arriver ». J’attrape mes formulaires et je redescends donc. Face à moi deux hommes, je dirais 25-26 ans. L’un d’eux est brun et banal, pas de quoi casser des briques, l’autre je ne le vois pas, il se cache derrière une longue mèche châtain clair, presque blonde au bout, ça sent le surf à plein nez! Je leur demande si je peux les questionner. Et là… C’est le choc! Le type aux cheveux longs relève sa mèche dans une  « So River Phoenix attitude »… Coup de foudre. Je relativise vite: je vais me marier, je ne suis pas maquillée, j’ai un tee shirt affreux sous ma veste de chez Dior. Je les questionne, on rigole bien, on commence à se raconter nos vies. Ce sont deux jeunes designers sortis d’une école que je connais (concurrente de celle où j’étais). Le sosie de River Phoenix se nomme Baptiste. Il a une myopie qui le rend ultra-sexy, une voix super douce, un look, j’arrête là les filles, vous avez saisi… « Et puis tout arrive quand on l’attend plus » comme chante Thierry Amiel…

Une fois interviewé le brun banal, je passe à « River ». Dès la première question (« Euh et vous êtes, plutôt marié, célibataire, en concubinage? »), il annonce la couleur: « Pas encore marié, mais si tu veux bien tenter le concubinage un an ou deux, ça va pas trainer je crois! » Rire… Jaune of course!

Donc ces messieurs sont en panne avec l’immense PLV qu’ils doivent livrer à un salon du design le lendemain quelque part vers Troyes ou Roubaix, je ne sais plus très bien… Ils ont téléphoné à ami commun qui doit venir les chercher dans deux heures. Bien-sûr, on ne peut les mettre dehors! On enchaine les boissons (et les allusions) chaudes…

Je glisse ma main dans sa chemise, c’est vraiment bon!

Le copain part soi-disant téléphoner pendant que « River », le rouge aux joues me demande de toucher son coeur pour me prouver qu’il bat pour moi… Je m’exécute, après tout c’est comme un enterrement de vie de jeune fille… Sa chemise est déjà à moitié déboutonnée ça tombe bien! On est là, à une table de Pizza Hut, pendant que les trois derniers pélos qui bossent s’agitent en cuisine, sous un éclairage néon, ça fait vraiment Drive In des années 50 et moi justement j’aime le vintage! Et puis ça fait longtemps que je n’ai pas touché le torse d’un homme qui ne me critique pas! La patronne regarde de temps à autre vers nous et tire une de ces têtes! Mais je m’en tape, la pendule du Pizza Hut désert indique 23h00, mon contrat vient de prendre fin! Toute bonne chose arrive à point à qui sait attendre! Je passe à côté de Baptise pour « mieux discuter ». Perso, je suis hypnotisée par son côté charmeur ultra-timide qui se lance dans le premier coup d’éclat de sa vie auprès d’une parfaite inconnue… Vous rigolez mais cette histoire m’a parfois éveillée la nuit pendant au moins 2 ans!

– « Et je veux dire, tu l’aimes vraiment? » demande-t-il timidement.

-« Qui ça? » réponds-je…

-« Eh bien ce mec avec qui tu vas t’enliser dans une vie de merde ad vitam aeternam dans quelques mois! » me répond-il l’oeil rieur.

-« Eh bien, je suppose… »

-« Ouais, t’as pas l’air bien sûre quand même, tu devrais mûrir ta réflexion là, c’est mon humble avis, Céline… »

Il est minuit. Heureusement il y a un souci sur un four, du coup le resto reste ouvert ce qui évite qu’on nous mette dehors… Le pote est revenu, il essaye de me vendre Baptiste, au passage il me raconte sa rupture avec une danseuse qui lui a brisé le coeur. Je lui dis ce que je sais du milieu de la danse (« Eve lève toi et danse avec la vie! »)

J’ai regagné ma place face à « River », il me mate à mort et là je me rends compte que tout mon corps tremble en entier sans que je n’arrive à faire quoi que ce soit pour stopper ce phénomène paranormal. Baptiste me regarde: « J’ai l’impression que c’est toi, cette femme que j’imaginais quand j’étais petit comme celle que j’épouserai un jour tu vois! » Le pote repart, visiblement très gêné, il cligne des yeux, s’essuie le front… La température monte… Baptiste commence à me faire sérieusement du pied sous la table. J’ai le cœur qui s’emballe comme si j’avais seize ans… Je lui explique pourquoi lui et moi « c’est pas possible » (C’est un peu comme de demander à un alcoolique de faire l’apologie de l’eau plate…). Je lui parle de ma phobie des autres, de mon incapacité à tenir un job normal (ce qui devrait, normalement, le faire fuir!) mais il me dit en me regardant droit dans les yeux, « Céline, tu une artiste comme moi, t’es juste en manque de reconnaissance… Quand on vivra tous les deux dans mon atelier tu pourras t’adonner à ton art, moi je bosserai pour toi, je continuerai à vendre mes PLV, tu vas voir, t’auras enfin ce que tu mérites, je te le jure! « . Il dit tout cela si posément, j’ai jamais vu ça!

Extase et état second…

J’en peux plus, je sens que je vais craquer… J’ai peur de me mettre à pleurer, en deux ans je n’ai jamais reçu autant d’intérêt de mon « fiancé », c’est carrément l’horreur! Il me critique toute la journée, essaye de me transformer, de tuer mon âme d’artiste dans l’oeuf (à la coque le matin)… Je me lève, je vais vers les toilettes pour me passer de l’eau sur la figure. Je me regarde. Ouah ! Je suis rouge comme une tomate bio de chez La Vie Claire! J’ai besoin de me retrouver seule parce que je ne sais plus ce que je fais. A chaque mot que je prononce je m’enlise davantage.

Je ressors des toilettes… Il est là, sa chemise blanche toujours entrouverte. « Allez, viens là! » me dit-il. Il me serre dans ses bras et à ce moment là j’ai l’impression de connaître l’extase totale!Un espèce d’état second dans lequel le cœur est totalement rassuré et calme malgré la passion qu’il endure… Je n’ai jamais ressenti ça avant!

Un vrai gentil…

Il m’attrape par le menton et me dit: « Notre pote est là. Je vais le rejoindre dans le camion. Il est minuit quinze. Je vais t’attendre jusqu’à trente. Si tu viens on se barre tous les deux, on s’en tape de ton mec nul et de ton appart’ Kaufmann & Broad en carton en location à Saint-Maurice, je te jure,viens! On ira voir les dauphins en Grèce si ça te fais plaisir, tout ce que tu veux, tu le regretteras pas! Si tu ne viens pas tu ne sais pas ce que tu rates… ». Il a beau avoir 25 ans, il a l’air super jeune! Ses yeux bleus brillent dans la quasi obscurité, il est beau… comme Jésus! Je ne déconne pas ! Il me rappelle mon premier amour, celui avec qui ma copine (la grosse pouf) passe toujours ses vacances, mais en beaucoup beaucoup mieux. On sent que c’est un mec avec un bon fond, un vrai gentil…

Me voici dans les toilettes de nouveau, assise à même le sol à cogiter… Je pense à mon pote qui s’est suicidé, à mes parents, à mon « fiancé ». Que vont-ils dire ? Je suis à deux doigts d’y aller… Je fume une cigarette, puis deux. Je ne sais pas quoi faire, j’ai encore besoin de parler à Baptiste pour pouvoir prendre une décision si radicale. Oh la la je sens encore son parfum sur moi, ça me crève le cœur…

Je ressors. Il est minuit quarante, le camion n’est plus là. Je suis seule sur le parking sombre et désert. Je me dirige vers ma voiture. Sur le pare-brise, un mot plié en quatre sur lequel il a gribouillé: « Tu aurais pu rendre un homme heureux, Céline… ». Comme une conne j’ai refusé son numéro de téléphone quand il me l’a proposé…

J’ai donc repris la Clio et je suis rentrée à la maison toute chamboulée. La vie a repris son cours. Je me suis mariée, comme prévu. J’ai oublié Baptiste et puis tout le reste avec, mes rêves de grandeur… J’ai divorcé un an plus tard lassée d’être la marionnette de tout le monde. Personne ne sera arrivé à faire de moi la fille si classique et conventionnelle qu’il attendait. Moi j’avais, à l’époque, raté le coche, je l’ai rattrapée depuis, j’ai fini par trouver l’homme de mes rêves… On n’est pas sérieux quand on a 23 ans…

© Peter Atkins – Fotolia.com

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3 Comments

  1. C’est certain, on répond quelque part inconsciemment à ce que les autres voudrait qu’on soit (pour notre bien, ou pour se rassurer et se valoriser eux-mêmes…) le travail le plus dur qu’il soit consiste à se ré-approprier ses propres valeurs…

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