Comme des cigognes bohèmes …

Certaines vacances débutent très mal… Le rangement frénétique de la maison qui s’impose avant de partir si on ne veut pas la retrouver sens dessus dessous au retour. La préparation méticuleuse de la valise du bébé (a-t-on oublié les lingettes, le Doliprane au cas où, ou le drap illustré du lit pliable ?). La préparation luxueuse de celles de adultes : quasi rien c’est justement ça le vrai luxe, celui que nous visons depuis des années : voyager léger, sans jamais vraiment y arriver, hélas. Le remplissage de la voiture façon blocs de Lego… cette voiture aimée qui me rappelle tant de vacances mais trop petite depuis qu’on est quatre à la maison… L’impression (en dernière minute) de la réservation Booking juste quand on se rend compte que la cartouche d’encre noire est vide et qu’on n’en a pas d’autres sous la main… La confection un peu trop simple et trop rapide des sandwiches de base et pour moi seulement la comptabilité des barres Gerlinéa à mi-chemin entre inventaire des stocks et comptage de calories… Et puis sur la route d’un seul coup l’oubli fatal nous revient en tête : « Punaise, je n’ai pas pris une seule petite culotte ! » On échafaude alors des plans sur la comète : on s’arrêtera à Saint Dié ou à Sainte-Marie. « Merde ! Et mon maillot de bain aussi ! » Frustrations en tous genres et Bébé qui hurle déjà à la mort dans son cosy à l’arrière. Les camions du lundi sur la Nationale nous stressent mais peu à peu, bonne nouvelle, notre village enfin laissé dernière nous, loin, très loin… Dire que la maison est à vendre m’angoisse alors on n’en parle pas. Ce serait quand même bien d’en trouver une plus grande à Vichy, avec jardin… Bref, ces petits temps d’énervement font aussi partie des préliminaires au Voyage. Oui, avant nous rêvions des US ou de Londres l’été mais maintenant lorsqu’on arrive à ne pas annuler les vacances en Alsace pour cause de rhinite ou de gastro d’un des enfants on s’estime déjà heureux… Et là à la radio, comme une cerise sur le gâteau en plus on nous promet 3 jours de canicule et d’orages qui ne rafraîchiront rien… Justement on ne reste que 3 jours, c’est con…

Finalement Camille insère enfin à sa façon (avec beaucoup de soin, un CD ça raye aussi!) un CD de Robert Palmer dans la voiture et la magie opère. Comme toujours. Je ne sais pourquoi sa voix planante et veloutée de cet autre Robert (mon idole de jeunesse étant Robert mais Smith) m’évoque Marseille, les calanques et la corniche Kennedy. Quand « Mary and Johnny » envoûte l’habitacle alors mon esprit vole plus loin encore, quelque part vers Barcelone. Je m’imagine fugacement dans une décapotable, « faisant la côte ». C’est bizarre mais c’est comme ça, même si aujourd’hui c’est au Pays des Cigognes que nous partons en voyage…

Finalement ce trajet me rappelle celui de Gérardmer et du tour des lacs des Vosges que nous avions entrepris en octobre dernier. D’origine alsacienne, depuis quelques années, le « pays » semble me rappeler. « I’m only going over Jordan, i’m only going over home ». « Je traverse juste le Jourdain, je rentre simplement à la maison » comme chantait Johnny Cash et comme je chante à mon tour ici. Cette fois pas de Jourdain, juste la petite rivière de Illhauesern où nous sommes hébergés pour 3 nuits dans un gros cube blanc et beige très design, construit à deux mètres de l’eau ouvrant sur la rivière non loin de la célèbre Auberge des Bords de l’Ill.

Malgré les caprices des uns des autres : moi qui veut me rendre à la cabine anglaise du coin où une bonne âme a déposé de superbes livres cartonnés pour enfants, en allemand, s’il vous plait, mis gratuitement à disposition, Noé qui veut débloquer des portails virtuels pour un de ses jeux en ligne, Bébé qui veut marcher seul encore et toujours et qui fait des crises à chaque fois qu’on le remet dans sa poussette verte (échangée ces derniers jours contre une légère poussette canne qui se pousse d’une main désinvolte sans effort aucun), le séjour sera réussi à la petite échelle de notre satisfaction personnelle. Quand la famille s’est agrandie nous avons revu notre échelle de tolérance à la hausse et nos prétentions loisiresques à la baisse…

Un brin d’exotisme dans la vue, avec cette rivière adorable sur laquelle défilent dès 9h00 du matin les gondoles du grand restaurant où des clients tout de blanc vêtus déjeunent parfois sous une légère bruine, comme à Venise, comme dans un rêve… Noé dans sa chaise longue observe la petite voisine allemande avec ses couettes épis, l’air très intrigué par cette « peste probablement ». Moi je peux enfin bronzer mon ventre, tout blanc. Complexe de maman qui n’a pas encore retrouvé totalement son ventre de l’avant grossesse, avec du hâle ce sera bien mieux.

Les nuits seront courtes et les journées aussi, surtout qu’on ne sort pas avant 16h00 à cause de la chaleur… Petit tour dans le village et observation des grandes et belles cigognes. Bébé est en admiration devant ces bohèmes volatiles, gracieux et zen. Un peu trop de voitures tout de même. On part pour Sélestat. Sélestat, Obernai et Ribeauvillé. Puis quelques étapes incontournables et plutôt somptueuses ponctueront le séjour, trop court, à l’instar du Haut Koenisbourg et du Mont Saint Odile.

Halte et reconnexion spirituelle sous les gros rochers exactement. Noé a ce regard de l’ado qui ne comprend pas qu’on puisse s’extasier sur un chemin bordé de roches arrondies…

Les 3 jours sont déjà passés. Nous repartons encore plus épuisés qu’à l’arrivée, chaleur aidant, mais avec des paysages nouveaux et des souvenirs plein la tête. Tels des cigognes bohèmes. Une petite semaine de travail pour moi et ce sera les vacances, les grandes cette fois. Pour nous souvenir de cette escapade et de ce voyage qui avait commencé sur les chapeaux de roues nous avons quelques photos (ci-dessous) et quelques livres cartonnés en allemand, comme pour nous remémorer que les cigognes ne s’encombrent ni de passeports, ni de frontières. L’Alsace maintenant ce sera en octobre puisque nous avons pris l’habitude de visiter cette terre de mes ancêtres deux fois par an. D’ici là il y aura d’autres mini-voyages. On l’espère. D’ici là, c’est certain, il n’y aura pas davantage d’organisation. Et si le bazar faisait finalement partie des joies du Voyage ?

IMG_2539

IMG_2540

IMG_2549

IMG_2552

IMG_2563

IMG_2598

IMG_2602

IMG_2622

IMG_2626

IMG_2642

IMG_2643

IMG_2662

IMG_2674

IMG_2679

IMG_2689

IMG_2690

IMG_2703

IMG_2733

IMG_2742

IMG_2743

Rendez-vous sur Hellocoton !

Be the first to comment

Laissez un commentaire