La idea de un lago – Critique – Le blog de Céline

La idea de un lago : comme « l’idée d’un lac » …

Hier soir j’ai enfin pu visionner le screener de « La idea de un lago », le tout dernier film de la suisso-argentine Milagros Mumenthaler. Adorant tout ce qui touche aux lacs et à cette vie souvent très fermée, privilégiée et différente qui se déroule sur leurs rives, l’affiche avait piqué toute mon attention en novembre dernier… Contact a donc été pris avec Look Now, son distributeur car je voulais absolument voir le film et en rédiger la critique.

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Inès revient sur les lieux de la dernière photo prise avec son père, peu de temps avant LA disparition. Elle a ressorti la même barque…

Un passé prégnant

Brunette au look sobre et aux airs mélancoliques, Inès, jeune femme faussement sage qui attend son premier enfant vient de se séparer de son compagnon, Pablo. Une rupture en demi-teinte, pas franchement assumée, qu’on suppose liée à la difficulté de devenir mère quand on a expérimenté, enfant, la disparition de son propre père… Photographe professionnelle, elle ajoute, inlassablement, la touche finale à un très artistique livre de son cru, dont l’unique sujet semble être le passé. Un passé récurrent et prégnant qui, on le sent, prend toute la place… L’ouvrage, sur le point d’être imprimé, regroupe ses colorés souvenirs d’enfance, comme autant de fragments d’une vie brisée. Une vie comme fanée, doucement parasitée par la disparation du patriarche, victime des milices militaires, peu de temps après une ultime photo ensemble, prise sur les rives du lac.

Les remous de la disparition

Ce lac grandiose entouré de hauts sapins semblant monter au ciel, où la famille se retrouve chaque été. A travers les flash backs répétés et les monologues « face caméra » s’ébauche alors un contexte… Dans ce dernier, la famille apparaît comme un nid protecteur, immuable, dernier rempart contre la rudesse de la vie et les remous de la disparition. Le lac bleu est partout, présent lors des vacances mais aussi dans les souvenirs où il miroite comme une précieuse étendue susceptible d’étendre le champ des possibles, apaisant les blessures… Présent, il l’est encore dans les divagations enfantines d’Inès, qui se baigne dans son immensité azur, avec pour seule amie de nage la vieille voiture kaki de son père s’animant miraculeusement… Toute la grâce fugace de la débordante imagination enfantine…

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Le Syndrome du disparu

Autour de l’ultime photo d’Inès (quasi bébé aux petites chevilles potelées) et de son père, cliché volé sur une rive déserte, se tisse l’histoire familiale. Mais aussi celle du frère, toujours solidaire de sa sœur, et de leur mère expérimentant le « syndrome du disparu ». Fournir les échantillons sanguins de la famille à l’Institut Médico Légal qui reçoit les dépouilles d’inconnus à identifier, tués sous la dictature, est le cheval de bataille de l’artiste enceinte… La vérité aidera-t-elle cette famille à la fois unie et démolie, aux routines estivales aussi ancrées dans le passé que dans le présent, à apaiser les cogitations légitimes d’Inès ?

L’idée un peu désuète des « vacances en famille »

Voici un film qui flirte délicatement avec la catégorie « Art et Essai ». « La idea de un lago« , c’est l’idée qu’on se fait d’un lac isolé en été, des vacances en famille un peu désuètes, filmées par une main distraite à l’aide d’une caméra 8mm. Le passé de tout un chacun donc. Comme autant de polaroïds délavés, les souvenirs d’un temps meilleur demeurent envahissant jusqu’au présent… Le lac, sublimé dans les esprits, offre alors à la famille toute entière un autre réalité, une échappatoire où l’union et la solidarité sont encore possibles, malgré les stigmates laissées par la dictature.

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Ce lac où survit l’âme du disparu…

Cet endroit paisible – difficilement accessible – mais où l’on continue de venir, d’année en année, par la route escarpée plutôt que par les airs, est la figure centrale de l’histoire. Sur ses rives rodent les fantômes du passé, de l’enfance, les souvenirs, en vrac, de personnages viscéralement liés les uns aux autres pour le meilleur et pour le pire. Un scénario fragmenté qui n’est pas sans évoquer ceux d’Almodovar… Le lac, si présent et hautement symbolique, est à la fois le refuge et le lieu où « survit » l’âme du disparu.

De la nécessité de Savoir…

Au-delà de cette kyrielle de sentiments conjugués au passé-présent, une nécessité : celle d’accepter et de surmonter la vérité quand s’imposent l’aura et le souvenir des choses simples : une fraîche baignade, une veillée en famille, quelques roses coupées et ce chalet, immense, dressé sur la rive telle l’entrée d’un monde parallèle… Sublimes paysages argentins, non sans rappeler les lacs de Suisse : le cliché d’une enfance idyllique portant en elle le parfum du mystère non résolu. L’identification du corps du père apparaît alors comme une nécessité « thérapeutique » mais sonne aussi le glas de folles espérances… Un film qui nous rappelle combien être « porté disparu » est différent « d’être mort » pour ceux qui restent …

La idea de un lago a été produit par Alina film et Ruda Cine, en coproduction avec la RTS. En Suisse, ce film est distribué par Look Now.

 

 

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