La propriété, cette aventure de couple !

Ponçage...
Ponçage de la chambre de Noé …

Voilà presque 5 ans que nous avons décidé d’acheter à la campagne et de quitter respectivement Paris et Toulon. Pour notre première année de vie commune, nous avions choisi la location d’une grande villa à la campagne, dans le 77, à une vingtaine de kilomètres de Coulommiers. La maison était immense avec un très grand jardin et la cerise sur le gâteau : un ruisseau doté d’une petite « plage » où il faisait bon méditer les jours de beau temps. Le choix s’était porté sur la campagne mon mari n’aimant pas la ville et moi étant saturée de Paris et du métro toute la journée (j’étais alors journaliste pour un célèbre quotidien qui a fermé ses portes il y a quelques années). Nous avions alors 4 chambres (deux grandes, deux petites) pour nous trois (mon fils alors 6 ans, mon mari et moi), un maxi salon et beaucoup d’espace, un terrain, un verger, un sous-sol, un grand garage pour un loyer de 1000 euros (perso je payais presque 800 euros de loyer pour un 45 m2 à Maisons-Alfort).

Devenir propriétaires mais ne pas s’endetter : possible ?

Certes, nous songions à devenir propriétaires surtout pour éliminer un loyer mais nous ne voulions absolument pas nous endetter. J’étais free-lance dans le monde en crise de la presse et mon mari venait de quitter son emploi pour monter une maison d’édition en autoentrepreneur. Lorsque mon journal ferma ses portes, cela devint une évidence qu’il nous fallait soit trouver un loyer moins cher (beaucoup de nos amis et proches, un peu jaloux de nous voir vivre dans une si grande maison en fait, nous le conseillait régulièrement : « A la campagne vous pourriez trouver un appartement pour à peine 500 euros! » Mais oui, bien-sûr ! Nous pourrions vivre dans notre voiture pour combler votre blessure égotique aussi ! ^^) Le grand amour, la belle maison, il y a toujours des « amis » célibataires qui supportent mal ! A l’époque nous ne leur parlions même pas de notre projet commun d’acheter vu les réticences et tout ce que nous entendions de la part des gros jaloux !

Un mini-budget mais pas de dettes et plus de loyer du tout !

En faisant les comptes de ce que nous possédions l’un et l’autre, nous réalisions qu’il nous faudrait emprunter un peu mais portions notre choix sur une maison très peu chère afin d’éviter de s’endetter pour 20 ans… Nous réalisions rapidement qu’il nous faudrait environ 120 000 euros pour une petite maison sans jardin dans le 77 et moins de la moitié si nous bougions 15 km plus loin dans le 51, en région Champagne. Mais même en Champagne, trouver une maison à 60 000 euros maximum rapidement (le loyer courrait de mois en mois et la situation devenait urgente d’autant plus que je n’ai jamais voulu renoncer à un travail « artistique » ou rédactionnel, de plus c’est l’époque où je passais des diplômes j’ai toujours un peu tendance à vouloir le beurre et l’argent du beurre, j’avoue!)

Nos critères

Nous commencions alors à chercher une maison avec travaux pour un prix maxi de 60 000 euros, ce qui nous permettrait de ne pas emprunter ou d’emprunter une petite somme mensuelle. Nous devions renoncer au jardin (mais après tout je n’en avais pas à Paris et mon mari n’en avait pas non plus à Toulon) et à la maison restaurée (trop chère pour notre budget). Nous avions plusieurs autres critères :

-Ne pas être isolés en pleine campagne

-Être dans un village avec au moins quelques services, un supermarché, des médecins et pas de délinquance si possible (j’avais eu ma dose à Paris!)

-Ne pas avoir à prendre la voiture pour emmener mon fils à l’école

-Noé, lui, rêvait d’une maison « juste à côté de l’école » pour dormir plus longtemps le matin !

-Il fallait que la maison soit disponible sous 5 mois car 5 mois de location en attendant la remise des clés c’était déjà 5000 euros qui partaient en fumée… Un trou dans le budget Restauration.

La recherche…

Nous voulions acheter de particulier à particulier en passant par LeBonCoin afin d’éviter des frais d’agence mais hélas dans la région tout ce qui était disponible pour notre budget c’était des « granges à restaurer »… Entendez par là : des ruines ! Et là le budget de restauration s’élevait plutôt à 100 000 euros qu’à 10 000 ! Nous n’avions, pour le tarif donné, repéré que 2 maisons dans le village qui nous intéressait. Ces deux maisons étaient les seules que nous avions trouvées à peu près habitables et avec « une tête de maison ».

La première était refaite à neuf ce qui n’était pas pour me déplaire mais elle était vraiment riquiqui (à peine 50 m2 habitables). Il n’y avait qu’un salon et une chambre dans laquelle il fallait encore aménager une salle d’eau. La façade était également refaite à neuf mais la rue était vraiment passante et sombre et le vis à vis non négligeable. Donc c’était hors de question.

La seconde était plus grande (90m2 habitables). Un ancien bar avec de grandes vitrines (donc une grande pièce lumineuse), un salon, une cuisine séparée et à l’étage deux chambres et une salle de bain. Il y avait également un grand grenier avec une pièce-atelier séparée. Le potentiel de la pièce du bas était plutôt bon malgré l’état lamentable des murs et sols. Il n’y avait pas de vis à vis et une vue sur une petite résidence et la campagne. Nous options donc (avec une petite remise) pour cette maison aux deux chambres « normales » et rectangulaires, ce que nous n’avions même pas vu ailleurs pour notre budget.

La décision

Nous décidions donc de signer le compromis de vente, nous achèterions sous réserve d’obtenir un petit crédit. Nous téléphonions à nos proches pour leur annoncer la bonne nouvelle et, ma foi, à part mes parents, ma meilleure amie et le meilleur ami de mon mari (qui lui proposait d’emblée de l’aide pour les travaux), nous nous heurtions à l’incompréhension générale :

-Mais pourquoi est-ce que vous achetez à la campagne ? (Parce qu’on ne travaille plus sur Paris et que vu les prix…)

-La maison ne coûte pas cher mais vous allez vous ruiner en travaux (On est des manuels, c’est mal nous connaître…)

-Les maisons briardes sont toujours humides (Il y a des maisons humides dans le Sud aussi !)

-Vous ne trouverez jamais de travail sur place (Bah justement au bout d’un an sur place nous avions tous les deux un employeur sur le village ! Camille à plein temps et moi à mi-temps)

-Vous n’aurez jamais de crédit en étant autoentrepreneur et artiste ! (On verra bien…)

Bref, hostilité, hostilité. Nous nous souvenons même d’une proche qui nous a sorti alors que nous venions de lui dire qu’on avait signé : « Si vous voulez une maison, vous n’avez qu’à travailler! » et quand nous lui demandions si elle comptait aussi, un jour, investir plutôt que de payer 1000 euros de loyer pour un 30m2 dans Paris nous répondit : « Je ne peux pas me le permettre ! Je travaille, moi! »… Ambiance !

Mais nous nous attachions à notre petit rêve de devenir propriétaires et après tout j’étais devenue, quelques années plus tôt, auteur en Pensée Positive ! Rien ne nous était impossible. C’est vrai il y aurait la campagne, les travaux, le froid la première année, la limitation des sorties, l’intégration… Mais nous n’aurions PLUS JAMAIS de loyer à payer. Et rien que pour ça, cela vaut le coup de changer de région et de métier, si, si je vous assure !

Deux semaines après notre demande de prêt (pourtant une petite somme car nous avons chacun un apport qui couvre 70% de la somme totale), mauvaise nouvelle : mon agence étant située en région parisienne, il nous faudrait remonter un dossier dans une agence de Champagne-Ardenne surtout que le projet concernait une résidence principale. Panique à bord ! Nous empruntons finalement la somme à l’un de nos proches, devant notaire. Nous sommes début février. Nous fixons le rendez-vous chez le notaire au 1er mai et commençons à parler des aménagements et des travaux à venir…

Nous revisitons plusieurs fois les lieux seuls, puis avec mon fils et des proches pour prendre des mesures et juger de l’ampleur des travaux. Et là tout le monde est affolé ! Sauf nous ! Noé est content. Son école se situe à 50 mètres, sur le même trottoir. Pour moi c’est génial de l’amener et de pouvoir me mettre à rédiger à peine 4 minutes après qu’il soit entré en classe ! Un gain de temps énorme pour moi qui télé-travaille !

Les travaux…

En bas nous décidons d’ouvrir la cuisine sur le salon et de faire tomber les deux cloisons de la pièce.

Le vieux carrelage de bistrot, vraiment vintage et sympa mais très cassé, est caché.

Nous refaisons entièrement deux pans de murs.

Nous installons un poële à granules un an plus tard (gros budget).

Les chambres qui sont plutôt en bon état sont repeintes, les fenêtres changées (on gagne un peu en lumière en haut), les parquets poncés et teintés

L’entrée du premier étage est rapidement refaite (nous devons refaire cela de façon plus pro sous peu)

Une cabine de douche balnéo est installée dans la salle de bains qui est également repeinte

Au fil du temps nous aménageons un dressing au grenier

La cuisine est en train d’être refaite, après 4 ans et demi de vie dans les lieux.

Une poutre porteuse est ajoutée dans le salon qui est maintenant une grande pièce dégagée

 

 

Mes deux amours pendant les travaux …
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Notre chambre pendant les travaux; Les vieilles fenêtres sont toujours là !
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Le salon pendant les travaux …

 

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Cuisine et salon, on a fait tomber les cloisons et Noé joue au grand…

 

Au final …

Au final, nous sommes plutôt contents de notre investissement surtout que nous ne pensions pas que la crise continuerait… Mais là, force est de constater qu’avec le gouvernement que nous avons elle ne fait que s’amplifier. Il est de plus en plus difficile aux autoentrepreneurs de travailler (et ce dans tous les domaines), de plus en plus dur (et cher) de se mettre à son compte. Cinq ans après avoir acheté, nous nous rendons compte qu’aujourd’hui cela ne serait même plus possible à ce prix. Dans le village où nous vivons il est devenu impossible de trouver une maison de ville sans jardin de 90 m2 en dessous de 99 000 euros ! Les prix sont montés en flèche malgré ce qu’on nous racontait à l’époque et la plupart de nos amis en couple qui additionnent 2 salaires (CDI) n’arrivent plus à emprunter même des sommes discrètes… Nous avons donc, selon nous, fait le bon choix, d’autant plus avec bébé qui arrive sous peu. Un enfant de plus c’est aussi des charges et des coûts en plus. Si on regarde les salaires qui n’augmentent plus, le coût de la vie qui grimpe, le pouvoir d’achat qui s’effondre… mieux vaut ne pas avoir de crédit conséquent sur le dos et ne pas avoir de loyer à payer. Lorsque les chambres, la salle de bain et le salon ont été terminés, le reste n’a plus été, finalement, si urgent. Nous effectuons les travaux nous-mêmes à mini-coût et lorsque nous avons du temps. Notre but : terminer toute la maison grenier inclus (nous voulons y faire un atelier d’été, utilisable seulement aux beaux-jours car nous ne voulons pas nous lancer dans une isolation totale) et revendre pour acheter une maison avec une chambre de plus et un jardin mais toujours à petit prix et sans crédit. Avec les travaux réalisés, la valeur de la maison a sensiblement augmenté et elle est aujourd’hui habitable de suite.

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La pièce principale, avant-après …
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L’espace salon une fois le poële à granules installé
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Le mur refait
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La salle de bain. Depuis on a posé du lino blanc au sol, beaucoup plus pratique que le parquet…

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L’apport pour le couple

Acheter et restaurer est un projet commun qui apporte à chacun. C’est un projet de vie. C’est plutôt sympa de voir cette maison qui est un ancien bar que la plupart des habitants ont fréquenté, revivre d’une autre façon. Bien-sûr ce n’est pas encore la maison de nos rêves mais un premier achat qui nous permettra de traverser sereinement la crise sans avoir à s’inquiéter pour un toit. A notre époque ça devient du luxe, surtout pour une artiste comme moi, non salariée et qui ne vit que de ses royalties Edition et Sacem… Nous sommes heureux de pouvoir régulièrement discuter des aménagements à apporter à la maison. Le petit budget consacré à la maison nous permet de partir régulièrement en vacances dans le Sud ou en Belgique, en Angleterre, dans des endroits qu’on aime. Cela ne serait même plus possible avec deux enfants si nous avions un énorme crédit sur 20 ans. Donc le choix de la maison à petit prix à restaurer à 100km de Paris s’avère plutôt bon. Bien entendu certains de nos amis désapprouvent totalement notre choix. Ils trouvent parfois cela bizarre d’avoir une maison de ville sans jardin à la campagne et de bouder Paris. Ils pensent qu’on s’isole d’eux et du monde. Pourtant même en vivant loin de tous et de l’effervescence de la ville, on arrive encore, parfois, à être enquiquinés « à domicile » car où qu’on vive le genre humain se retrouve ! Il y a le téléphone, les ordis, les réseaux sociaux. Il y a aussi, pour moi, de petits désavantages à vivre en village. On sait que je chante, que je fais des radios, des télés alors dès que je sors faire les courses, on m’alpague un peu, on est curieux, on me pose des questions. Parfois (quand tout roule) je suis ravie de répondre mais d’autres fois c’est pénible d’entendre à la caisse : « C’est vous dans le journal ? C’est quand le prochain disque ? »  comme si on faisait des disques tous les trois mois… Il y a plus de curieux en village qu’en ville. Et puis il y a ceux qui vous « Googlelisent » : « Vous avez l’air plus jeune sur les photos qu’en vrai ! C’est qui votre photographe ? » sans parler des rumeurs étranges parties de rien… Pour mon mari c’est parfois pire : « Ah c »est vous le mari de la chanteuse !  » Il y a des avantages aussi : on vit dans une ville à toutous. On ne se fait pas prendre la tête lorsqu’on ne promène qu’un chien vu que tout le monde en a deux ou trois. La mentalité est différente de la mentalité parisienne même s’il faut s’adapter un minimum et ne pas en faire des tonnes quand on sort. L’effet « fric » est moins présent. Ici on peut se faire soigner et payer après, faire soigner son animal et payer plus tard. Niveau culturel il faut quand même viser les grandes villes (Paris, Reims ou Epernay) pour se distraire réellement sauf si on est dingue de la campagne et des belles ballades. Autre point positif : une vie deux fois moins chère qu’à Paris. On hésite moins à aller au resto ou à prendre un verre en terrasse l’été. Les prix sont vraiment raisonnables pour celui qui a l’habitude de boire d’habitude son café chez Starbuck…

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Notre chambre avec une nouvelle fenêtre

Ce qui nous manque vraiment…

(Surtout à moi…) le salon de thé avec wifi. Les boutiques de fringues et les friperies. Côté Ciné on ne me plaint pas : on en a un tout neuf et il est tout le temps vide et vraiment pas cher (moins de 5 euros la place) ! Lorsque je vivais dans Paris et que j’avais besoin de changer d’air, je sautais dans le premier métro qui passait, ici ce n’est pas possible! Il faut prendre la voiture et à certaines périodes prendre en compte le brouillard, la route etc. On ne peut pas trop partir en dernière minute pour se distraire sur un coup de tête car tout est relativement loin. Les amis parfois : on finit par ne plus trop les voir. Le souci c’est que les sollicitations pour qu’on vienne sur Paris sont nombreuses mais qu’à l’inverse personne ne veut faire les 100 km qui nous sépare de la Capitale pour venir nous voir… N’étant ni des « pigeons », ni des « curiosités » à la disposition des gens, on attend qu’ils viennent d’abord pour aller les voir à notre tour. En même temps, nous sommes les seuls à avoir une « vie de famille », c’est donc plutôt à eux de se déplacer.

Les avantages

Quand tout pète à Paris, on est d’un seul coup très contents de vivre loin, dans un village perdu dans la verdure… Lorsqu’il y a des pics de pollution sur la Capitale idem… Le rythme de vie est plus zen, plus calme. Même si j’ai beaucoup de travail avec la rédaction de mes livres et l’enregistrement de mes disques, je prends toujours deux heures pour moi chaque jour pour m’entretenir (marche avec le chien, Technique Nadeau à la maison, entrainement à la barre plus un peu de fitness). On profite mieux de nos vacances depuis qu’on vit à la campagne et du coup on supporte mieux la ville, c’est presque un plaisir de la retrouver. Lorsqu’on part à Bruxelles ou à Londres, c’est un vrai amusement et non plus une routine banale. On profite du temps des vacances pour le shopping car on n’en fait quasiment pas le reste de l’année (notre village compte une boutique de cadeaux et de déco, quelques boulangeries, coiffeurs mais c’est tout). Donc au final on économise pas mal sur l’année… On prend l’habitude de dépenser moins. Pour les enfants, la vie à la campagne présente des avantages : plus de calme, moins d’effervescence. On se recentre sur la vie de famille car après l’école il n’y a pas grand chose à faire si ce n’est acheter un goûter à la boulangerie du coin et faire un peu de vélo.  Bref, tout est une histoire de choix. Personnellement, vu ma passion de Paris, des grandes villes et des boutiques, je ne pensais pas tenir en petit village mais je constate aujourd’hui que je suis beaucoup plus productive dans mes activités artistiques depuis que je suis au vert. Les journées passent très vite…

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Conclusion : Devenir propriétaire à la trentaine c’est tout de même une situation idéale surtout lorsqu’on ne s’endette pas (ou très peu sur un très court terme). Avec la crise, devenir propriétaire après 40 ans devient vraiment complexe. Le discours des banquiers est souvent « Louez et ouvrez un plan d’épargne logement pour acquérir une petite surface à la retraite », pas très bandant, non ?

En optant pour une maison de taille raisonnable dans une région pas trop chère, on effectue de nombreuses économies mais surtout on évite les charges (syndic, copropriété…). On est libre d’effectuer les travaux à son propre rythme. Bien-sûr, vous aurez toujours des critiques, des gens qui auraient fait (ou qui feraient) mieux que vous, qui se croiront mieux lotis, plus malins etc. Peu importe, chaque projet est unique et un couple qui fonctionne vraiment trouvera toujours le moyen de le réaliser ! Ci-dessous, une petite lecture pour vous aider à prendre votre décision entre rester locataire (et faire tourner l’économie française un max) ou devenir proprio et économiser (réduire votre « panier »)… A méditer !

 

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