« Traffic Jam in L.A » – Un texte parmi tant d’autres …

J’ai ce vague souvenir qui m’assaille, de temps à autre, toujours avant les beaux-jours, comme un rêve récurrent… Un début d’après-midi moite de l’année 1994, du côté de Los Angeles où je suis partie en vacances, en groupe. Une bande restreinte puisque nous ne sommes que 6 jeunes pour 2 accompagnateurs. J’ai 19 ans et comme il fait chaud, j’ai décidé d’aller me baigner à la piscine du superbe Hôtel Hollywood Roosevelt où je suis descendue avec mes parents quelques années auparavant… Je connais les lieux, le trajet entre le majestueux hall d’entrée et la piscine, je l’ai refait cent fois mentalement avant, durant 5 longues années. Los Angeles, Hollywood et ses acteurs de cinéma, c’est ma passion !

J’ai bien tenté d’y entrainer une des filles du groupe sans succès. Les trois autres participantes au voyage préfèrent délibérément aller flâner du côté de Hollywood Boulevard et faire la tournée des boutiques de fripes. Ce que j’ai déjà fait la veille, escortée par une jeune black rencontrée au resto mexicain, originaire de West Covina, Cherry, qui « adorait les français et la France avec ». Dans une cabine poussiéreuse, j’ai essayé une jupe en patchwork de nubuck ressemblant fortement à celle que portait Vanessa Paradis à son époque « Be My Baby » et Lenny Kravitz. Je suis loin d’être mince mais, devant l’immense miroir rococo, la vendeuse s’ébahit sur mes jambes : « So skinny, babe, so skinny! »… Dans un pays où les obèses sont partout, c’est certain, j’ai l’air fine… Mieux qu’un régime contraignant et visuellement très efficace : trainer avec quelqu’un de plus large que soi à Los Angeles !

Ce jour-là, il me semble qu’il est possible de payer l’entrée du fameux bassin et d’aller y siroter un verre dans la tiédeur des bungalows environnants… Mais non. En fait, il faut bien être client pour user et abuser de la somptueuse piscine décorée par David Hockney… Et pourtant, ce détail n’est pas prêt de m’arrêter ! Empêcher une française en vacances à Los Angeles de se baigner dans un lieu luxueux, c’est comme demander à un témoin de Jéhovah de s’avaler un Doliprane le dimanche matin…

J’envisage donc de passer par derrière, les « coulisses », du côté Voituriers, voyez-vous. Un jeune homme aux faux airs de Keanu Reaves récupère les effets personnels des clients fraîchement débarqués tout en commençant à m’entreprendre… Il se nomme Terry. Il a le clinquant et la superficialité des américains de la classe légèrement supérieure : il ne vous connaît pas mais vous aime déjà et, surtout, ponctue tout ce que vous dites de ses : « How amazing ! «  et autres « Awesome ! «  carrément jubilatoires… Il m’escorte jusqu’à la jolie piscine comme si j’étais une VIP traquée par les paparazzi et propose de m’emmener ensuite (accrochez-vous, en même temps c’est de ma faute…) « admirer » le lieu de Los Angeles où mon idole River Phoenix a rendu l’âme quelques mois plus tôt… Romantique en diable non ?

Son service terminé, il est 18h00 heure locale, nous voici partis dans sa Chevrolet Caprice Impala blanche flambant neuve, une vraie luxueuse au V8 5,7 L qui ronronne comme un gros chat racé sur Sunset Boulevard…

Nous voilà à deux pas du quartier de Larrabee aux superbes résidences dotées de fontaines hispanico-mauresques, de jardins exotiques et de courettes avec piscine s’il vous plait… La série Melrose Place ça vous dit quelque chose ? C’est par là, dans une rue qui monte qu’on se gare. On discute de choses futiles que j’ai oubliées depuis. Il affirme en riant qu’il ne sait même pas se faire cuire un œuf à la coque… Drôle d’entrée en matière… Je ne cherche pas à comprendre. Los Angeles m’ouvre les bras !

Enfin, nous sommes devant le Viper Room, c’est vraiment tout ce qui m’importe,  et ses briques peintes de noir, son enseigne sur store arrondi toute de vert lettrée…. Je suis vêtue d’une simple petite robe-princesse à fleurs achetée à San Francisco trois jours avant et je porte des nus pieds compensés achetés l’été précédent à Marseille, avec ma grand-mère, à l’hypermarché de Saint Loup. Et pourtant les pompes marseillaises s’entendent plutôt bien avec cette robe trop courte cousue-main dans la ville où une maison bleue où l’on vient à pieds est toujours accrochée à la colline…

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Le Viper Room en 1994, la boite de Johnny Depp

Deux, trois clichés volés devant l’entrée du Viper Room, celle-là même par laquelle Johnny Depp fit virer River qui était alors au plus mal… Je caresse le sol, calée initiative, imaginant la douleur de Samantha Matis voyant mourir son petit ami ici, sous ses yeux impuissants. J’ai alors lu tous les articles sur le tragique Halloween qui a coûté la vie à River quelques mois auparavant alors je mentalise la scène et aperçoit, du même coup, Christina Applegate, présente elle aussi, s’enfuir, en larmes, et déambuler – choquée – sur le boulevard encombré de yankees rieurs, déguisés en fantômes, pendant que les gars du 911 tentent, en vain, de ranimer le nouveau James Dean, mais version bio, gisant au sol. Signal plat. Sur les photos on dirait que j’ai de l’acné (si, si regardez bien) mais en fait je viens juste de terminer ma varicelle débutée en plein désert de Mojave…

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Une fascination « morbide » ? Non, plutôt un hommage d’ado dont la vie est alors « d’être fan »…

Je dois vaguement revoir Terry, le lendemain, même heure, même endroit pour un pot de départ (je partirai le surlendemain).

Mais on a passé la journée à flâner entre filles à Venice Beach sans prendre farde à l’heure. J’ai manqué me noyer le matin même en m’essayant au surf, du coup j’ai laissé les garçons prendre les vagues tout seuls… C’est l’heure de rentrer sur Hollywood… Après avoir longé la côté, nous entrons dans les terres, par les orangeraies. Mais plus rien n’avance. C’est Carmaggeddon ! Ce moment qui arrive parfois à Los Angeles lorsqu’il y a trop d’automobilistes engagés sur les voies d’autoroutes pourtant titanesques et incomparables par leur taille aux françaises…

On crève de chaud malgré la clim. On est encore en short et maillot de bain. Dans la voiture d’à côté il y a 4 surfeurs blonds aux yeux clairs qui nous « matent » joyeusement. La française ? Le rêve ultime du « guy next door », avec la suédoise bien-sûr ! Bientôt, ils viennent nous offrir des coca glacés (sauf à l’accompagnatrice probablement jugée trop vieille par ces jeunes étudiants férus de bon temps et de jeunes seins avant tout…) et briser la glace. La nuit tombe et on n’a pas bougé d’un pouce. A la radio résonnent Mister Jones de Counting crows puis A Little Less Conversation d’Elvis Presley. Le ciel s’enflamme de couleurs saumonées. On papote d’une voiture à l’autre, allongées les unes sur les autres. Mes pieds dépassent de la fenêtre. J’ai raté mon second rencard. Pas grave, il y en aura d’autres. Ou pas d’ailleurs. Peu importe.

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Grâce à la varicelle déclarée en plein désert de Mojave, j’ai perdu 5 kilos en 1 semaine, ce qui me permet d’afficher des jambes qui font tourner les têtes sur Sunset Boulevard. Les blacks m’interpellent ainsi : « Hi Sexy One ! » …

C’est en repensant à cette journée où la vie s’écoulait doucereusement du côté de Mar Vista mais un peu plus à l’Est quand même, que j’ai écrit ce texte dont j’ai fait, depuis, une chanson. Une chanson causant avec candeur de Carmageddon et de rendez manqué, de chaleur, de feu, de vent, de voitures et de surfeurs bloqués dans un cabriolet, essayant de briser la glace, comme un jeu, un soir d’été à Los Angeles…

Down in the traffic jam

Lyrics and music Céline Schmink

The wind is wet,

There’s something in the air,

Put you on my mind and,

The crazy in my hair…

I’m stuck in my car, Damn !

In this great traffic jam,

Scared of missing our date, my flame…

But feeling good, just the same, just the same…

Love is a fantasy,

From my car it’s easy,

There is no double trouble,

I stand as an angel,

Even waiting’s sexy !

Down in the traffic jam listening to Presley,

This road is so messy !

I’m not a vower but if carmageddon’s over

In one more hour,

I will be on fire !

I will be on fire !

Yeah, yeah …

The pressure is terrible,

There are these cutie surfers,

In a convertible,

Stuck next to me, there,

Oooh dreaded traffic jam !

Trying to break the ice, my flame,

feeling good, it’s a game, feeling good it’s a game…

Love is a fantasy,

From my car it’s easy,

There is no double trouble,

I stand as an angel,

Even waiting’s sexy !

Down in the traffic jam listening to Presley,

This road is so messy !

I’m not a vower but if carmageddon’s over

 

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