Ma famille du Multivers « Limoges-Paris » …

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Comme le disait mon mentor, le maître de la motivation, Wayne Dyer (RIP), l’Intention est partout, en toute chose. Elle nous guide et nous dirige pour peu que nous décidions de lui faire confiance. L’Intention va de paire avec la Loi de l’Attraction qui nous adresse les bonnes choses et les bonnes personnes au Bon Moment, au Juste Instant.

L’histoire que je vais vous conter s’est déroulée au mois de juin 1998, dans un vieux train à compartiments ralliant Limoges à Paris.

Depuis, il ne s’est pas passé un seul jour de ma vie sans que je ne pense à eux !

A priori, rien d’exceptionnel. Pourtant, je m’en souviens toujours. Je me souviens de tous les détails de ce long trajet dans un wagon surchauffé, je m’en souviens comme d’un tableau figurant plusieurs personnages. Des personnages débutant tous un nouveau voyage, cherchant leur destination, changeant de voie et de direction. Ces êtres en mouvance, c’était Lui, c’était Elle, c’était Nous, de simples mortels qui avaient décidé, oui, d’être en parfaite connexion, à l’écoute des uns des autres.

Nous n’avions, ce jour-là, qu’un seul point commun : l’angoisse !

Celle de ne pas savoir ce qui nous attendait au juste à Paris. Pour certains d’entre nous c’était l’attente amoureuse, la peur de se faire refouler par l’être aimé, pour d’autres c’était tout simplement la crainte d’être observé, suivi, d’être traqué jusqu’au plus profond de soi-même, d’autres et c’était mon cas allaient passer des examens et pensaient bêtement (mais naturellement) que leur vie se jouait alors. Ridicule ! Et puis il y avait ceux qui rendaient une visite de courtoisie en appréhendant l’accueil qui leur serait réservé.

Qui étaient ces gens ? Qui étions nous au juste ? Qui nous avait réuni ici, ce chaud jour de juin, en pleine matinée, pour un voyage de 5 heures ponctué d’étapes et de pannes, qui finalement en durerait plus de 7 ?

Sont-ils toujours vivants ?

Tout ce que je sus – sur le coup – c’est que ce voyage changerait ma vision des Autres, de la Vie… J’ignorais pourtant que 20 ans plus tard, ces étrangers qui ne l’avaient été qu’un moment, au final, hanteraient toujours mes pensées. Que sont-ils devenus ? Sont-ils vivants ? Ont-ils réussi leur Voyage ?

Je l’ai déjà dit, c’était une chaude journée de juin. Je vis alors à Périgueux où j’ai suivi mon copain alors élève à l’école de police. Toute l’année n’a été, pour ma part, que frustration et ennui. J’ai manqué de tout à Périgueux. Mes amis de l’époque (les 2 Guillaume, Charles, les 2 Géraldine, Carole, Paolo et ceux dont j’ai oublié et les noms et avec qui j’ai participé 4 ans durant à d’innombrables soirées et festivals « gothiques ») m’ont manqué cruellement. Paris m’a manqué. Ma famille m’a manqué ainsi que l’écoute attentive de mes parents (finalement je n’ai que 21 ans !). Ce qui a éclairé mon année ? Mes études de photographie sans lesquelles j’aurais sombré dans la déprime. Donc je passe mes examens à Paris. J’ai un drôle de sac Paddington acheté à Londres au bras, un sac rempli de livres et de fiches de révision. Je marche de la cathédrale à la gare, tôt. Puis je suis prise d’angoisses : tout ça ne sert à rien! Ce diplôme ne servira à rien même si je l’obtiens. Je suis fatiguée, je songe à me faire rembourser mon billet et à faire demi-tour et à aller dormir. Mais j’y vais quand même. Dans le Périgueux-Limoges, je suis songeuse, je cogite sur ma propre vie qui, finalement, ne me satisfait pas. Je suis exilée dans cette ville depuis un an, avec une personne que je ne suis pas certaine, au fond, d’aimer. L’Amour est quelque chose de fugace, juste une illusion parfois. Par contre certains moments comme celui qui m’attend (mais je ne le sais pas encore) constituent la réalité, une vraie « tranche de vie ». On peut, grâce à elle, puiser l’Essentiel. Mais on est souvent trop jeune ou trop distrait pour s’en apercevoir. Peu importe, ce voyage a constitué ma « tranche de vie » et d’humanitude à moi, là sur les rails, dans le doux chambardement des voies et des aiguillages, tirée par une micheline comme il n’en existe même plus de nos jours à peine 20 ans plus tard…

Il fait chaud, donc, je descends du TER à Limoges. Sur le quai, j’attends le train Corail qui me conduira à Paris. A l’époque il n’y a pas de téléphone portable. On n’est pas connecté aux autres en permanence. Un retard s’annonce via la cabine téléphonique. Il faut une carte bleue et blanche nommée « Carte pyjama » ou quelques pièces d’1 franc pour passer son coup de fil. Comme le train n’est pas là, j’appelle mes parents pour leur dire que je ne serai pas à l’heure. Ils viennent de changer de numéro, abandonnant celui que nous avons eu durant dix ans. Je sors donc un papier de ma poche, celui sur lequel je l’ai rapidement griffonné. C’est à l’extérieur de la gare que je trouverai finalement une cabine.

« C’est la première fois que j’observe un homme materner un chien »

Le train arrive. Je cherche mon wagon et le numéro de mon compartiment et j’entre. Je suis la première arrivée. peut-être aurais-je la chance d’être seule, d’avoir l’endroit pour moi et, pourquoi pas, de finir là ma nuit, assise. Peut-être somnolerai-je devant les verts pâturages que l’on croise en quittant la périphérie de Limoges, la ville de Porcelaine. Mais un jeune homme arrive. J’ai 20 ans et il en a, au bas mot, dix de plus que moi. Dans un porte-bébé, il materne un petit chiot âgé de quelques semaines à peine, un petit labrador beige aux grands yeux tristes. L’homme me salue tout en caressant la tête de l’animal : « Tout va bien, papa est là… » C’est la première fois que j’observe un homme materner un chien. Bientôt, il sort un biberon et commence à le nourrir. On dirait un bébé. C’est fou : cet homme traite son animal comme un nouveau-né. Il a l’air gêné cependant, ou plutôt inquiet. Lorsque le chien sort du port-bébé et fait quelques pas, il reprend sur ses genoux : « Attention, ne te salis pas les pattes! » dit-il d’un ton un peu sévère. Rapidement je comprends qu’il exerce sa pédagogie sur ce qu’il prend pour un enfant. Il me demande ce que je fais. Je lui réponds que je révise mon diplôme de photo, le cours d’optique…

Une femme blonde, un peu négligée, la cinquantaine, les cheveux hirsute pousse la porte coulissante du compartiment et s’assied : « Bonjour ! Quelle chaleur! » dit-elle. « On va étouffer ! On se croirait dans un train des camps de concentration ». Je lui trouve un humour noir un peu étrange.

Puis c’est une femme de la soixantaine, très chic et bien mise qui vient s’asseoir, nous saluant d’un très chaleureux « Bonjour! ». Avec mes fiches, mon pantalon à carreaux punk et ma frange noire corbeau, je suis le point d’attraction du lieu. Elle aussi me questionne. Elle veut savoir depuis combien de temps je vis à Périgueux, quel âge j’ai, pourquoi je voyage seule. A 21 ans, j’ai une tête de fille de 15 ans, donc ses questions sont légitimes.

Puis arrive un africain, bien noir de peau, avec de courtes locks sur la tête et l’oeil rieur. C’est un bon gars, cela se lit sur son visage. Le train démarre. Il s’assied à côté de moi. « Oh ! Tu révises un examen ? » demande-t-il. Alors je recommence mon laïus : Périgueux, l’examen de photo à Paris, les cours d’optique, le futur appartement à Saint-Maurice, le copain à l’école de Police. « Bah si tout ça te rend heureuse c’est bien le principal! » rigole l’homme qui a l’air à l’aise et très épanoui dans la vie. On dirait qu’il découvre chaque paysage comme une terre inconnue, chaque minute qui passe comme un temps béni des Dieux. Il y a quelque chose de transcendant et de profondément spirituel chez lui mais quoi ?

« Le père Savant et le Multivers … »

Les premières minutes sont détendues. Une demi-heure passe. La femme blonde a soif. Elle sort une petite fiole de métal et commence à boire. Nous ne rêvons pas, elle boit du whisky pur ! L’africain me regarde en souriant et en fronçant les sourcils. La femme doit être alcoolique ou pas loin, pourtant elle irradie l’amour. Elle entame la conversation. Ce qu’elle nous raconte est incroyable. Des hommes la suivent, la traquent. Ils aiment les belles blondes comme elle… Elle s’évade de Limoges pour aller sur Paris où ils ne la retrouveront pas. Mais elle se méfie car avec un hélicoptère il est « facile de voir qui vit dans quel appartement, même si on est dans une tour ». Je comprends que la femme est légèrement ravagée, mais son histoire est tellement attendrissante. Elle a une voix mielleuse et sucrée, une voix de gamine qui ne sait pas qu’elle a vieilli ! Bientôt, par la parole, elle nous mène dans les rues de Villejuif, une ville « pleine de juifs » assure-t-elle en riant. Elle croit réellement que la ville a été nommée ainsi en fonction de sa communauté. Puis elle nous dit comment il est facile, à l’heure actuelle de changer d’univers. Elle a été à Villejuif dans un « autre temps, une autre époque ». Elle nous assure qu’il existe un univers parallèle. Lorsqu’elle était enfant, son père, un vieux chercheur fou, a visité ce qu’elle nomme « L’univers Autre ». Elle dit qu’on appelle aussi cela le Multivers ! Elle suggère que sans le savoir nous avons, peut-être, tous les 5, été emportés contre notre gré dans le Multivers. Le Multivers, selon elle, commencerait toujours comme cela : une porte, une faille, un train et des gens destinés depuis toujours à voyager ensemble et, enfin, l’univers parallèle pur et dur. L’homme au chien, la dame chic, l’africain et moi nous nous regardons en souriant. La femme est folle probablement. Pendant que la dame de bonne famille nous explique pourquoi elle se rend à Paris, la blonde au Multivers a chaud. Elle boit encore et encore dans sa fiole puis sort un flacon de parfum dont elle s’asperge. Bientôt, elle se renverse directement sur le crâne. Mais malgré l’étrangeté de la scène, personne ne la juge, tout le monde compatit au mal qui la ronge probablement, qu’il soit imaginaire ou pas. Oui, je dois le dire, nous sommes comme « connectés » les uns aux autres. Plus personne ne se préoccupe de son petit problème. Chacun cherche à soutenir l’autre dans l’acceptation du sien ! C’est un phénomène que j’ai, alors, rarement vécu. Parfois les membres d’une même famille ne sont pas capables d’empathie et là, avec ses étrangers, l’Empathie est à son apogée, à son nirvana. L’africain le remarque et l’exprime. La blonde, elle, s’exclame : « je vous l’avez bien dit : nous sommes dans le Multivers ! Cela ne se verrait pas sur terre ! Nous sommes la famille du Multivers ! »

Sa belle-fille la déteste…

Bientôt la dame BCBG au regard bienveillant nous explique la raison de son départ pour Paris. Sa belle-fille qui la déteste est en dépression nerveuse. Elle a un enfant en bas-âge. Une phobie s’est emparée d’elle depuis qu’elle vit dans la Capitale : elle a le vertige et comme son appartement est au 10eme étage dans une tour vitrée, elle a collé du papier-cadeau sur toutes les vitres et pleure toute la journée. Son mari, le fils de la dame chic donc, tente de trouver une solution pour changer d’appartement mais comme il vient d’obtenir son emploi, il doute de trouver quelque chose ailleurs rapidement.Il craint pour sa petite fille dont sa femme se préoccupe de moins en moins au profit d’une totale focalisation sur sa phobie et a appelé sa mère à la rescousse. Cette dernière redoute la confrontation avec sa belle-fille actuellement fragilisée mais la plupart du temps odieuse avec elle. L’africain la conseille : « Il faut prier Jésus, ma soeur ! Il faut que Jésus mette l’Amour dans son coeur! »

L’homme au chien donne son opinion sur l’amour. Bientôt tout le monde débat sur ce sujet. Mais c’est alors qu’il craque. Il fond en larmes nous avouant le mal qui le ronge. Il est en fait homosexuel et va rejoindre son ex avec qui il a rompu des mois auparavant. Il espère se réconcilier avec lui et que « Watson » (le chien) sera comme leur enfant. « Si je lui prouve que je sais m’occuper de Watson alors il acceptera peut-être de faire sa vie avec moi et d’adopter un enfant! » Tout s’explique, tout s’éclaire d’un seul coup.

L’africain promet de prier pour lui. Sacré, c’est son prénom, nous demande alors de prier avec lui. A l’époque l’Eglise et les homos ça fait deux… Pourtant il s’en fiche, il prie avec ardeur nous entrainant dans son délire. Sacré termine ses études de théologie à distance. Il a prit un job à Limoges car « ça paraissait proche de Paris » sur la carte ! Du coup il n’a jamais pu se rendre une seule fois à la fac et a choisi le cursus par correspondance. Demain il validera son DEUG. Oui, Sacré veut être un grand théologien « comme Teilhard de Chardin » dit-il. Je connais mal Teilhard du coup en arrivant j’irai m’acheter l’un de ses livres…

Le voyage continue, tout le monde papote. Le contrôleur n’a jamais vu ça. Il nous demande si nous voyageons en famille. « Nous sommes la famille du Multivers » assène la blonde, visiblement bien alcoolisée!

Bientôt je m’endors… Dans mes songes je me vois marcher près d’un lac avec des gens que je ne connais pas qui me tiennent la main avec amour et compréhension. J’entends la voix sucrée de la blonde « Multivers, Multivers je vous le dis! »

Un message vient brutalement mettre fin à mes rêves. Nous arrivons à Montparnasse. Seulement, le wagon est vide. Tout le monde est descendu avant. Je suis seule avec mon sac Paddington, épuisée.

Alors je me demande si j’ai rêvé.

Je descends, dans une gare qui s’endort, prends le RER, tard, rentre chez mes parents… La nuit, je me sens dans le coton. Je sens encore le mouvement des rails. Je pense à eux tous. Pourtant c’est seule que je suis descendue du wagon.

Le lendemain je passe mes épreuves puis les trois jours suivant également.

Je reste dans le doute, hantée par la Famille du Multivers et la blonde qui avait peur de Villejuif et des hélicoptères… Je me demande si Sacré a vraiment existé.

Le dimanche, je repars pour Périgueux via Limoges.

Je m’assieds dans un wagon classique cette fois. Comme je reviens dans 15 jours pour une dernière épreuve, je décide de me remettre à réviser.

L’Incroyable : C’est Sacré !

Et là l’incroyable se produit : quelqu’un me tape sur l’épaule.

C’est Sacré ! « Ouah! Super, tu es là! Dis-moi quel voyage on a fait ensemble ! J’ai pensé à vous tous, toute la semaine! Ma famille du Multivers ! Jésus a voulu que nous nous retrouvions aujourd’hui! »

Sacré est toujours aussi grenouille de bénitier mais ce n’est pas grave ! Maintenant je sais qu’il a existé ! Je lui demande pourquoi je me suis retrouvée seule dans le wagon.

« Mais non ! Nous sommes descendus tous ensemble! » assure-t-il avant de continuer: « Tu ne te souviens pas ? »

Non, je ne me rappelle pas. Je me souviens de mon réveil, toute seule, mon sac Paddington sur les genoux et de ma descente dans une gare somnolante, endormir, déserte.

La vie a voulu que je me retrouve plus tard dans toutes les situations évoquées par les membres de « La famille du Multivers » : moi aussi j’ai détesté ma première belle-mère et développé une peur du vide, moi aussi j’ai eu du mal à avoir des enfants et adopté, à un moment donné, un chien pour « souder la famille », chien que nous maternons tous même s’il est senior… Moi aussi j’ai étudié la théologie à distance, moi aussi je me suis passionnée (surtout après cette histoire) pour les univers parallèles. Comme la dame blonde, j’ose toujours dire ce que je pense, même si c’est saugrenu.

Tous, nous avons vogué vers nos destinées. Mais, je peux le jurer, depuis il ne s’est pas passé un seul jour de ma vie sans que je ne pense à eux. J’ai cessé de me demander pourquoi je me suis retrouvée seule dans le wagon, pourquoi je suis passée du matin au soir d’un seul coup, pourquoi j’ai erré dans une gare totalement vide alors que Sacré m’assurait que nous étions descendus tous ensemble, et accepté que certaines choses soient, tout simplement, inexplicables…

 

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