Mark Humes : L’art (abstrait) de la Résilience

Visionnaire réchappé d’un univers torturé (l’homme, vétéran et sérieusement blessé en service, a connu l’envers du patriotisme sur le terrain), Mark HUMES est un plasticien inclassable travaillant sur le péril et l’impact traumatique. Aujourd’hui ses labyrinthes et autres kaléidoscopes aussi neurologiques que célestes s’exposent dans les hauts lieux de l’Art contemporain à l’instar du fameux Bowie Centre de Baltimore. Il vient d’ailleurs d’être salué par le respectable Huffington Post qui lui a consacré un article. Passionnante rencontre avec un artiste Sui generis.

L’Art, objet de résilience …

Appréciez-vous l’art digital et les personnalités artistiques complètes et singulières ? Si oui, alors vous méritez bien de connaître (et de reconnaître, peut-être) Mark HUMES, cet artiste atypique au parcours qui dénote, originaire de Wenatchee dans l’état de Washington. Cet ancien vétéran a connu les affres d’une guerre dont il est ressorti sérieusement blessé, handicapé même. Mais cette période pendant laquelle il aurait pu perdre la vie, comme tant de jeunes américains patriotes, lui a décidé d’en faire l’objet de sa résilience. Aujourd’hui, son art plaide en faveur de ceux qui souffrent physiquement ou moralement, les incitant à combattre leurs démons et à se relever, plus forts encore. Oui, Mark HUMES est devenu le modèle d’adaptation absolue d’une génération sacrifiée… En plus d’être le fondateur du mouvement artistique dit de « Millennium Creed », courant qui gagne peu à peu ses lettres de noblesse Outre-Atlantique, c’est aussi un écrivain à part entière et un animateur de radio bien connu. Aujourd’hui, j’ai décidé d’explorer l’art visuel tonitruant, riche et foisonnant de Mark HUMES, né en 1974, un gars de ma génération donc, qui m’a accordé une interview exclusive (à découvrir en fin d’article).

Millennium Creed

Millennium Creed, ça vous dit quelque chose ? C’est cette forme d’art relativement récent qui se propose de mixer le meilleur du digital avec les traditions picturales bien établies aux USA. Absolument abstrait, totalement expressionniste, cet art expose et extrapole les sentiments, ici ceux de Mark, tels qu’ils émergent dans l’imaginaire. Les expositions les plus significatives de ce mouvement ont débuté à Baltimore, à l’Artscape Festival et au « Bowie Center » (The Bowie Center for the Performing Arts). A la base de cette école nouvelle, la Résilience, nous l’avons dit mais pas que… Mark HUMES explique avoir fondé le mouvement en priorité parce que les mots ne lui permettaient plus, aussi bien écrits et mis en scène soient-ils, à eux seuls, de témoigner des sentiments de frayeur et des ressentiments qui s’ensuivent, expérimentés dans une situation de stress post-traumatique. Alors, inlassablement, écoutant son seul enfant intérieur, son être interne en quelque sorte, Mark HUMES va excaver ses douleurs, ses souvenirs de guerre pour en faire des tableaux colorés, souvent torturés mais exprimant pleinement son état d’esprit du moment. Des jours avec et des jours sans. Des masses de nuées ou des lueurs d’espoir et là, de temps à autre, la lumière qui apparait comme la plus grande des salvatrices.

Un combat de lumière

Pour aller plus loin encore, il se lance dans l’écriture d’une série de livres intitulée « Mindscapes ». Puis il fonde une radio en streaming, Paladin Radio, pour laquelle il reçoit le soutien du CAMMO (Centre For Military Music Opportunity) et développe un partenariat avec Mission One Voice de façon à diffuser les œuvres d’artistes engagés dans l’armée ou d’anciens militaires, comme lui. Pour Mark HUMES, ces ondes qu’il envoie sur la toile et dans le monde entier sont des ondes aux bienfaits absolument thérapeutiques. Oui, la musique peut guérir les souffrances à l’instar du dessin et des arts visuels. Il considère aujourd’hui sa radio comme un Soldat de Lumière, qui vient éloigner les ténèbres pour tous ceux qui ont vécu l’horreur, l’indicible… Récemment, le Huffington Post a loué son travail d’artiste et d’ancien vétéran investi dans le bien-être mental des militaires en souffrance. Un virage pour Mark HUMES qui ne compte cependant pas s’arrêter là.

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L’art de Mark HUMES en revue

L’artiste est instinctif. Ma chronique le sera également. Tout d’abord Mark HUMES, et cela se ressent dans toute son œuvre, est un autodidacte, un vrai. Lorsque je lui demande s’il a eu à un moment donné, un mentor, il me répond que non mais que les gens qui pénètrent dans son atelier évoquent immédiatement H.R Giger ou Vincent Van Gogh. La chose n’est pas étonnante. Les deux étaient des artistes torturés, le premier à la palette sombre, le second à la palette éclatante, mais l’idée, celle de survivance, est le dénominateur commun. La noirceur et l’éclat, Mark HUMES propose les deux dans son œuvre. Des kaléidoscopes tout en finesse, parfois psychédéliques, qui font remonter en vous des sentiments, des souvenirs d’enfance peut-être, des rêves et des cauchemars, c’est certain. Personnellement dès que j’ai découvert ses œuvres, ses labyrinthes nervurés, ses nuages décomposés, ses dépressions futuristes et abstraites,  j’ai immédiatement pensé aux pochettes du groupe The Cure. Et j’ai découvert, par la suite, avec surprise que cet art là était justement un art-médicament, un art qui soigne, un art thérapeutique. Intuition quand tu nous tiens !

Je classerais d’emblée les œuvres de Mark Humes selon 3 catégories : les kaléidoscopes où les motifs se répètent les uns sur les autres, avec un décalage et en superposition, ce qui traduit le mouvement, exactement comme ce que l’on voit dans le kaléidoscope d’un enfant (des perles et des formes de verre qui se mélangent harmonieusement). Les kaléidoscopes sont des œuvres comme « Amusement of the lost » (ci-dessous), « And chaos laughed », « The 4th seal », « Oasis of the divergent ».

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Les impressions de lumière où la couleur et la texture de la lumière vont l’emporter sur les motifs, comme « Convergence », « Sovereign », « Eros », « When reality breaks ». Les impacts ou « holes » où l’observateur est directement entrainé dans un autre monde, dans une histoire mystérieuse. L’œuvre la plus représentative de cette catégorie est « Feed the hole » (littéralement Nourrir le trou). La notion de « hole » est prédominante chez Mark HUMES puisque son actuelle collection d’œuvres est intitulée « How deep does the rabbit hole go ? » (Quelle est la profondeur réelle du terrier du lapin ?). Un clin d’œil à Alice au Pays des Merveilles ? Nous le saurons dans l’interview. Je l’espère car cette histoire je la possède encore sur ma table de chevet. Alice est mon héroïne favorite. Une héroïne volontaire, prête à tout pour savoir, qui n’a peur de rien… Une guerrière profondément rêveuse. C’est aussi cette dimension contradictoire du guerrier rêveur que l’on retrouve dans l’œuvre de HUMES, je devrais plutôt dire la métaphore du guerrier blessé qui s’autorise encore et toujours à rêver. Alice serait-elle une HUMES en jupons ?

Deux œuvres me fascinent chez Mark HUMES. La première est, forcément pour les raisons évoquées ci-dessus, « Feed the hole », la seconde est « Eros ». Bien entendu ces tableaux sont tous les deux expressionnistes et abstraits.

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« Feed the hole » est une œuvre très colorée à dominante bleue roi. Elle figure un vortex sombre et profond tissé de multitudes de « nerfs »qui convergent en son centre. Des tendons célestes et volatiles. On peut imaginer que le tableau figure un trou face à l’observateur  ou vraiment un terrier vu du dessus. Trois éléments composent cette œuvre : le trou par lui-même, les nervures se diffusant comme des rayons de soleil et venant « tisser » le vortex et cette forme bordeaux à volutes qui ressemble à un cœur humain. La profondeur marque toute l’œuvre mais les nervures de couleur vert d’eau peuvent également conférer à cette image une dimension aquatique. On le comprend : le « hole » est cette partie inconsciente de chacun par laquelle on peut choisir de laisser absorbé ou de laquelle on peut s’échapper. C’est un univers parallèle qui nait après un évènement-charnière de la vie. L’aspect claustrophobique est à signaler ! Cette œuvre préfigure le cheminement mental mais aussi organique vers le centre de l’homme : son coeur. Une vision fantasmagorique hors pair.

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« Eros », du nom du Dieu de l’amour, est une œuvre favorisant les camaïeux de mauve et de violet qui se compose de 3 plans. Au premier plan un réseau de corps flottants et de conduits jouant sur les bruns, les jaunes mais aussi sur la transparence. Au second plan un soleil jaune et violet irradiant la partie haute de la composition et, enfin, au troisième plan un vortex et toujours cette forme de cœur-sacré, entouré de volutes non sans rappeler des flammes réalisées en brun-violet et appelant à la méditation. La composition, très lumineuse, offre à la fois une impression de sérénité et de mystère. La pièce en elle-même demeure mystique.

Ce type de composition tripartite (réseau de nervures, lumières et impressions irradiantes, vortex) se retrouve dans la plupart des œuvres de l’américain. C’est aussi ce qui vient créer toute la cohérence de la collection qui se décline sur différents supports et dans différentes tailles.

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Définir l’œuvre générale de Mark HUMES

C’est toujours un challenge pour un rédacteur que de définir une œuvre aussi cohérente et néanmoins variée que celle de Mark HUMES. Il me semble que cet artiste, après son expérience traumatique, cherche plus que jamais à traduire ses cogitations mentales et son cheminement intérieur par la matérialisation de chacune des reviviscences qu’il expérimente. Oui Art et Psychanalyse sont ici très liées. En témoignent les composants organiques comme les cœur-sacré modernisés et futuristes qu’il place au centre de ses œuvres. L’invulnérabilité fanée ? Quoiqu’il en soit son œuvre est empreinte de sensibilité thérapeutique. La cave, le « trou » (The hole) est source d’angoisse et de salut à la fois. Ces labyrinthes psychologiques dans lequel HUMES entraine l’observateur figurent la genèse et la résolution du mal qui le ronge. Trauma contre Résilience. Origine contre Quête. Commencement contre Fin. Illusion contre Finalité. Autant de thématiques qui rythment le travail de ce vétéran à la maturité de son art. Oui l’œuvre de Mark HUMES est lumineuse et absorbante. L’esprit est une éponge. Tout le monde le sait. Comment s’effectue le tri des pensées, des souvenirs, des traces de joie ou des traumas ? Ici l’artiste teste sa mémoire sélective et les tréfonds de son inconscient, pour le plaisir des yeux. Et si résidait là la définition même de l’Artiste ?

Quelques nuances plus sombres et plus « bioniques »

Certaines œuvres de Mark HUMES évoquent directement le travail de GIGER. Elles se composent sur fond noir et dans un univers beaucoup plus sombre que celles citées précédemment. Je pense à « Raising the south wind » qui figure un cheval ailé mécanique sur fond torturé de dédales fluorescents ou encore à « Raising the South » (légendée ci-dessus) qui évoque une force insoupçonnée, celle qui se dégage des survivants, de tout ceux qui à l’instar d’HUMES ont su transformer leurs blessures en impulsions.

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MARK HUMES OU LA CROYANCE EN L’INCONNU

• Bonjour Mark, parlez-nous de votre enfance. Vouliez-vous devenir artiste ou aviez-vous des prédispositions particulières ?

Je suis le plus jeune d’une fratrie de 4 frères et mon père était batteur de musique Jazz et Blues, alors j’ai passé presque toute mon enfance en transit. C’était rude de ne pas pouvoir garder un ami et d’être en déménagement permanent mais d’un autre côté on peut dire que j’ai été béni car j’ai été exposé à toutes sortes de milieux et de modes de vie à travers le pays. Oui, j’étais très intéressé par l’art quand j’étais enfant et d’ailleurs j’ai la certitude que c’est une chose naturelle pour les petits. Je dessinais constamment et je prenais des cours de dessin quand je pouvais. J’ai fait ça jusqu’à ce que je rejoigne professionnellement l’Armée américaine.

Pouvez-vous nous raconter l’évènement qui a changé votre vie et qui a fait de vous un artiste ?

Lorsque j’ai quitté l’armée, j’ai tenté de gérer le poids de tout ce que j’avais vu et fait sur le terrain pendant des années. Je n’avais jamais réalisé auparavant combien ces expériences avaient pu me transformer jusqu’à ce que je n’arrive à un point de non-retour et où j’ai du me présenter à un hôpital pour vétérans afin d’être aidé. Là-bas on m’a dit qu’il serait impossible de me porter secours si je n’étais pas en mesure de communiquer et d’expliquer ce qui me rongeait. Il fallait que je m’exprime. C’est face à ce dilemme qu’on m’a proposé de faire un tour dans la salle destinée à l’art-thérapie. Là-bas on m’a demandé de dessiner ce que je ressentais. Et tout le monde a constaté que j’exprimais mieux mes sentiments par le dessin que par la parole.

Pouvez-vous nous parler de votre thème de prédilection, celui que vous illustrez un peu partout par la phrase : « Combien le terrier du lapin est profond ? » C’est une référence à Alice aux Pays des Merveilles ?

Eh bien d’une certaine façon mais c’est davantage une référence au film Matrix. Mon travail artistique est représentatif de cet univers qui existe dans mon esprit et qui est séparé et différent de celui dans lequel vivent la plupart des gens. Je leur demande d’explorer mon monde et je les invite directement dans mon esprit.

Qu’est-ce qui vous inspire le plus ?

Les sentiments, la croyance en l’inconnu. L’exploration des mythologies anciennes et modernes et pourquoi on fait telle ou telle chose. Pour moi la plupart de ce qu’on perçoit dans ce monde n’est pas la réalité. C’est seulement notre propre perception de la réalité.  Je suis inspiré par un challenge, celui de changer la façon dont les gens perçoivent le monde qui les entoure.

Avez-vous un studio de création ?

Je suis un artiste digital alors mon studio c’est mon ordinateur que j’emporte partout où je vais ce qui signifie que je peux me mettre à créer n’importe tout dès que je sens l’inspiration émerger.

Pouvez-vous décrire votre processus créatif ?

Je commence par me recentré sur mon Soi et je me focalise sur ce que je ressens. Alors je donne à ces sentiments une couleur, une forme et parfois même du son. Je fais ce que je peux pour me mettre dans un état de transe pour capter directement mon subconscient.

Pouvez-vous nous parler d’une de vos œuvres en particulier et nous dire quelle pensée vous a donné l’impulsion pour la créer ?

Lorsque j’ai crée « Lord of the Abyss » j’avais regardé un documentaire sur le poulpe. Qu’est-ce que ça fait d’être un prédateur qui doit tuer juste pour pouvoir manger et qui peut changer de forme et de couleur à souhait ? Alors mes sentiments personnels ont refait surface parce qu’au fond j’ai du faire la même chose. Me camoufler pour piéger l’ennemi en embuscade. Quand j’ai commencé à créer cette œuvre, je me suis mis en immersion dans le corps du poulpe, essayant de ressentir ce que ça pouvait être d’être un prédateur dans l’attente, un monstre qui selon les normes de l’humain est beau, puissant et mortel. Comme pour la plupart de mes travaux, « Lord of the Abyss » est l’expression de mon Moi le plus profond et un rappel que chacun de nous peu, un jour, se conduire en monstre.

Qui est votre artiste favori ?

HR GIGER.  J’aime l’expressivité de son art et sa volonté impérieuse d’explorer les parties les plus sombres de l’esprit humain.

Quels sentiments aimeriez-vous inspirer à ceux qui regardent vos œuvres ?

Mon but est d’entrainer celui qui observe dans mon état d’esprit au moment où j’ai crée l’œuvre.

• Voudriez-vous travailler avec des galeries françaises ? Quel message voudriez-vous leur faire passer ?

Oui bien-sûr, j’aimerais travailler avec des galeries françaises. Je crois même qu’elles pourraient être le meilleur endroit au monde pour la compréhension juste de mon œuvre. Je voudrais leur dire que je saigne littéralement mon âme à travers ces pièces, et mes émotions. Et je pense que mon travail se rapproche de l’état d’esprit de l’art à la française. Je ne vois aucune autre nation qui puisse comprendre mon art mieux que la France !

Merci beaucoup Mark HUMES.

Visitez le site web de Mark HUMES ici.

Son compte Twitter

 

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