Mémoire sélective : 1996-2016

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Chez moi, à Mers-les-Bains, Noé 4 ans. 2009.

Le temps file mais on se rend compte, année après année, que les mêmes souvenirs nous accompagnent tout au long du Chemin. Madeleine de Proust ou inconscientes réminiscences, petits cristaux d’étoiles échoués là, dans la vie de tous les jours ou icônes dorées dont il faudrait régulièrement entretenir l’éclat au chiffon antistatique de l’âme ?

Et si nos souvenirs, ces pensées un peu folles ou carrément simplistes, initiées un beau jour, quelque part ou Ailleurs, continuaient de vivre en nous mais aussi dans une dimension parallèle ? Alors peut-être vaudrait-il le coup d’y revenir ! Qu’en pensez-vous ?

Personnellement, avant 1996, tout se brouille, nous étions jeunes et flous ! C’est pourquoi je suis partie de cette date pour cette petite rétrospective on ne peut plus « narcissique ». Mais la blogueuse ne l’est-elle pas toujours, par pure définition ?

Et vous, si vous ne deviez retenir qu’un seul et unique joli souvenir par année ? Lequel serait-il ? Juste une mise au point sur les plus belles images de ma vie …

Et là, dans le clair obscur, deux jeunes anglaises ailées, blotties l’une contre l’autre …

1996 : C’est une jolie soirée du mois d’avril. Dans un mois je passerai mes épreuves de BTS. Ma copine Tatiana et moi nous rendons pour la première fois dans une soirée « gothique » en région parisienne. C’est dans une ancienne épicerie à trois étages (face à une cité ) dont les parquets menacent de s’effondrer mais on n’a peur de rien, nous ! Tout est décoré de toiles d’araignées. J’y fais la connaissance de quelques personnes avec qui je passerai les 3 années suivantes : Paolo, Cyril, Baptiste et d’autres. Il y a des bougies partout et un vigile à l’entrée qui referme après l’arrivée de chaque participant un lourd rideau de fer. Si une bougie vacille, on crame tous ! C’est la règle du jeu ! On est « couillu » ou on ne l’est pas ! Bref, on danse, on lie connaissance, on repère l’éventuel prétendant… Vers 05h00 certains s’endorment dans les coins, à même le sol qui sent le moisi et la cire chaude. Je monte au troisième étage. Et là, Vision angélique : deux jeunes anglaises au teint pâle et aux carrés plongeants démesurés dorment l’une sur l’autre. L’une porte de grandes ailes blanches dans le dos sur sa robe de velours noir. Une image suspendue dans le Temps. Beauté, à l’État Pur.

1997 : Peu de bons souvenirs pour cette année « noire » et pourtant une bonne rigolade. Ma copine Carole et moi sommes en boite de nuit, fauchées comme les blés comme toujours… Deux hommes en noir viennent nous draguer. Je vois un porte-monnaie qui tombe. Je mets le pied dessus (la vilaine !) on papote en attendant qu’ils « se cassent enfin ». Je mets mon amie au courant de mon « larcin » éventuel. Ils s’en vont. Au moment de me baisser, elle s’écrie : « Mon Dieu, j’ai perdu mon porte-monnaie! » Fou rire.

1998 : Et si je vous disais que c’est encore une année noire ? Difficile d’en égager un bon souvenir. J’emménage à Saint-Maurice dans un joli appartement tout neuf et j’y suis toute seule pendant un mois. Je travaille en agence de publicité et le soir, pour m’endormir, je relis des classiques : Autant en Emporte le Vent, les Hauts du hurlevent… Le bonheur est dans les livres quand il n’est pas ailleurs !

Suspendue dans l’Eau, devant les gazelles de Rodos !

1999 : C’est l’année de mon mariage-éclair. Voyage de noces en Grèce. Arrivée à Rhodes. Première matinée avant de prendre le bateau. Je me jette dans l’eau, sur la petite plage des remparts, en entrée de ville, près du port et de ses deux gazelles. Je flotte en admirant la ville. Je suis revenue ! J’aime tellement la Grèce !

2000 : Encore une année pas terrible. Peu importe. Au mois d’août je m’envole pour la Grèce. Je suis sur une plage de Zante, à la nuit tombée. Au loin résonne la musique grecque d’un restaurant de plage. Une femme brune, la trentaine, a disposé en cercle ses trois petits enfants face à elle, sur le sable, et leur chante, en français, avec un terrible accent : « Savez-vous planter les choux, à la mode, à la mode… » ils répètent et rigolent. Je m’allonge dans le sable et j’écoute les vagues. Et si c’était ça, le Bonheur ?

2001 : Année de mon divorce. C’est le mois de juillet. 20 heures de car. Arrivée en Grèce, à Patras et bateau pour la Crête. Il est 05h00, Héraklion s’éveille. Bus pour Gournia, bled paumé dans la rocaille. Une piscine au milieu d’un paysage lunaire. La chaleur sur ma peau et le chant des cigales, entre les oliviers. Bonnes vacances !

2002 : Stage de puériculture. Le petit Edgar, 12 mois, a de la fièvre. Ce gros poupon rose adorable s’endort sur moi, quelque part sur un canapé de la crèche de l’hôpital Saint-Louis. Je lui donne un biberon d’eau et il me sourit. C’est « mon » premier bébé. Mon fils Ashley, né il y a deux mois, porte, en second, son prénom.

2003 : Je descends les vieux escaliers de mon immeuble de Charenton un beau matin d’avril. Dans la boite à lettres : mon premier contrat d’édition ! Mon premier livre « De Kalymnos » sort le mois suivant !

Comme une bobo avec son panier d’osier au Hourdel !

2004 : Mai. Premières clés vraiment à moi ! Celles de mon appartement de Mers-les-Bains. Enfin propriétaire d’un appart à la mer. Dans mon grand panier d’osier, en plus de ce trousseau dont le porte-clé est un galet, un maillot de bain, une serviette, du monoï et une paire de jumelles. Pour voir les phoques se prélasser au Hourdel…

2005 : Salle des naissances. On pose Noé sur moi et il me tient le doigt. Délivrance suivie d’une grosse hémorragie. Je sens ma tête cotonneuse. L’interne engueule la sage-femme, parle du bloc opératoire puis je n’entends plus rien. Je vois tout noir. Je me sens partir. Autour de moi la lumière, toute blanche. Je suis calme. Je vais peut-être mourir mais quelque chose (quoi ?) fait que je « le prends bien ». L’agitation laisse peu à peu la place à des souvenirs : mon grand-père qui rigole, son banjo dans les mains, ma grand-mère qui étend le linge à la fenêtre à Montreuil, mon pote Arnaud vêtu d’un jean craqué et de son tee-shirt des Sex Pistols qui rie comme un fou face à moi quelque part aux puces de Clignancourt, la colonie de vacances en Scandinavie… Puis le film s’arrête et mon ventre se contracte brusquement. L’injection a fait son effet. « Félicitations Madame ! Malgré ce petit incident, vous avez un beau bébé ! Dans deux heures vous remonterez dans votre chambre ». On m’emmène un petit berceau de verre. Mon bébé y dort, pas loin de moi. Je mettrai quand même dix ans à refaire un enfant, traumatisée par cette hémorragie de la délivrance qui m’a donné des cauchemars pendant des années…

2006 : Je suis dans mon salon à Maisons-Alfort, bébé a 8 mois et s’est endormi dans mes bras après la rituelle tétée de 11 heures. Il dort mais continue, avec ses petites lèvres charnues, de téter dans ses rêves… C’est trop mignon ! je le regarde pendant au moins une heure et je me dis que je n’oublierai jamais ce moment !

Such a hipsterish family !

2007 : Nous sommes en vacances en Crête avec Noé (qui vient de fêter ses deux ans) et mes parents. Nous déjeunons sous une paillote baignée de musique techno. Sur la plage quelques « hipsters » et nous. Noé se met à danser au rythme de la sono. Plus tard nous traversons la plage pieds nus et nous courrons tellement le sable brûle. Je pose Noé sur un muret et là… il recommence à danser et donne un petit spectacle sous le soleil exactement…

2008 : Novembre. Je suis assise à une table avec Nellie Oleson (La petite maison dans la prairie). Pour mon interview, elle me parle d’amour, de couple, de rock et de … chocolat. L’instant est immortalisé par mon père. Je repars légère, avec le sentiment d’avoir là un très bon papier. Et c’est le cas. Double page et couverture !

2009 : Je suis assise à une terrasse, dans le Sud, près de la plage. J’attends Celui qui m’a aidée à finaliser à distance un gros projet personnel. On ne se connait pas vraiment, à part en photo sur Facebook, et par email et on ne s’est jamais vus. Il arrive, se penche vers moi mais il est à contre-jour, j’ai le soleil dans les yeux et du coup je ne vois même pas son visage. Il me fait la bise et là je sens comme un éclair me traverser des pieds à la tête. Je me dis qu’un homme qui me fait cet effet-là alors que je ne l’ai même pas vu est sûrement l’homme de ma vie. Maintenant c’est mon mari, beau-père de Noé et papa d’Ashley !

2010 : Avril. Premières vacances tous les deux dans mon appartement de Mers-les-Bains. J’assure que par le chemin côtier le Bois de Cise n’est pas loin. On marche, on marche, encore et encore, on traverse même des champs. Heureusement il fait beau et chaud mais au final, cette petite virée rigolote nous aura pris 4 heures !

2011 : Mai. Achat de notre maison de Montmirail. Dans le salon Noé « bricole » avec Camille, en haut d’une échelle et s’amuse beaucoup au milieu des gravats ! Juillet : Camille et moi nous fiançons. Il m’offre la bague à Dôme, le soir, sous la pluie, sur la corniche du point de vue. On prend de la Hauteur !

2012 : Juin. Nous nous disons « Oui! » sous un Séquoia géant, dans le jardin Zen du restaurant du Parc Floral de Paris, sous le regard et le chant des paons !

2013 : C’est l’été, nous sommes en Dordogne. On allume la radio dans la voiture et là à la radio c’est ma chanson qui passe. Et sur la route, « La ballade d’Anissa » prend une toute autre couleur !

2014 : En juin sort mon album « Paris-Memphis« . Après la promo, le lancement, une série de concerts, le tour des radios et même la télé, je rentre chez moi. C’est fin septembre. Avec Camille nous passons un après-midi ensoleillé aux lacs non loin de chez nous. Autour de l’eau il fait frais, un peu plus et on se croirait au Canada. Retour à la normalité après un été pas vraiment ordinaire.

2015 : Fin juin. J’ai passé ma nuit à vomir. Sûrement une migraine ophtalmique. Le téléphone sonne. Tiens c’est le Docteur ! Que veut-il ? Je passe de l’angoisse à la joie puis de la joie à l’angoisse de nouveau. « Vous êtes enceinte ! Et bien enceinte ! » Après deux ans d’attente, il suffisait qu’on abandonne ce projet de bébé pour ça marche enfin ! Me voici à 40 ans, fraîchement revenue de Camden, enceinte de mon second enfant ! C’était moins une !

Et là, parmi ses longs cils noirs, un cil blond !

2016 : « Mais p… je te dis que c’est les contractions de l’accouchement ! ». Devant mon mari, j’insiste pour qu’il me ramène à l’hôpital d’où on revient à peine (« Ce sont des fausses contractions Madame! Rentrez chez vous! »). J’ai des contractions toutes les 12 minutes. Sur le chemin, au niveau de Joinville, elles passent à 9 minutes. J’arrive à Saint-Maurice. Difficile de sortir de la voiture, quelque chose « bloque » mon bassin. J’accouche dans la foulée. 18 minutes en salle des naissances et bébé Ashley est sur moi, entrain de téter ! Il n’ouvre qu’un oeil avec lequel il me regarde intrigué. Quand il s’endort sur moi je remarque un long cil blond, plus grand que les autres, au milieu de ses cils noirs. Dans la nuit il se réveille plusieurs fois. Il regarde partout mais ne pleure pas. « C’est un bébé calme » nous dit la puéricultrice, très sympa. A peine douze heures de vie, il cherche déjà à communiquer. « Titi n’a qu’un oeil » (le surnom donné par son papa à la naissance) est devenu en deux mois plus connu sous le nickname « Beauté Rototo » et c’est un amour de bébé !

Voilà pour 20 ans de souvenirs (parmi les plus positifs). Je vous encourage à tenter l’exercice de façon non protocolaire. On se dit, d’un seul coup que – finalement – on a été chanceux !

 

 

 

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2 Comments

  1. Superbe article ! J’ai envie de dire En voici une vraie blogueuse. Bonne continuation et tout le bonheur que tu mérites.

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