Mon mois avec Marilyn Monroe

Poupée de chair et de sang …

J’ai passé un mois avec Marilyn Monroe… Un mois, c’est le temps qu’il m’aura fallu pour lire intégralement « Dernières séances », le récit romancé mais aussi absolument documenté de Michel Schneider sur la relation qui a uni la plus grande star de tous les temps et Ralph Greenson, son psychanalyste moustachu, freudien et hollywoodien de surcroit… Alors, franchement, à base d’un petit quart d’heure de lecture chaque soir, selon mes disponibilités et mon état de fatigue (j’enregistre mon nouvel album et je termine la relecture de mon dernier livre de Développement personnel tout en travaillant à me mettre à mon compte), j’ai été très frustrée et j’ai vécu chaque jour avec cette hâte indicible de « connaître la suite » vite, vite… Pathétique non ? Surtout quand on connait déjà la fin tragique guettant, dans l’ombre, notre lumineuse blonde peroxydée…  Ce livre, ça faisait des années et des années que je projetais de le lire comme tant d’autres… C’est enfin chose faite… A moi l’envers du décor, enfin ! Au fil des pages, on se heurte aux affres du passé, des douleurs, des souffrances personnelles et des espoirs fous de cette poupée de chair et de sang, de Norma Jean métamorphosée en M.M, l’amante usée et désabusée des frères Kennedy qui, et ce n’est pas un scoop, la traitaient davantage comme une pute notoire que comme la starlette devenue Star qu’elle était, et de Frank Sinatra, entre autres…

marilyn-monroe-dernieres-seancesAutopsie d’un Mythe

« Dernières séances » c’est autant l’autopsie du mythe du Glamour par excellence que la sombre histoire d’une mise à mort programmée de toutes parts… On y découvre une Marilyn à la fois sensible et un brin intello s’évertuant à jouer les dindes blondes pour conserver la faveur d’un public de masse et ce malgré un intellect galopant n’aspirant qu’ à s’enrichir, un penchant pour la psychanalyse, une passion dévorante pour Freud (et par prolongation pour chacun de ses représentants…) et un passage décisif entre les mains des fondateurs d’Actor’s Studio…

Bars glauques et bitume californien

« Dernières séances » c’est aussi un crève-cœur… Le portrait finement brossé de la Marilyn droguée et dépressive des jours derniers. Cette blonde négligée, un peu crado sur les bords, sur laquelle on ne se retourne plus vraiment. Le polaroïd fané d’une égérie blonde qui n’a jamais réellement profité des fruits de son travail acharné mais que tout le monde a exploité jusqu’à la moelle (et continue d’ailleurs d’exploiter). Cette « conne » que certains, dans l’obscurité de bars glauques ou sur la chaleur du bitume californien, confondaient aisément avec une prostituée somme toute plutôt bas de gamme, l’insultant quand elle ne répondait pas à leurs invectives façon : « Tu te prends pour Marilyn Monroe ou quoi ? »..

Abusée, objet transitionnel en main…

Le portrait de cette femme en quête d’elle-même et de tout ce qui pouvait la rattacher à un semblant d’amour et d’intérêt, qui cherchait volontairement à se faire abuser par des inconnus, à se faire violer un « objet transitionnel » à la main, histoire de mieux s’épancher sur le divan comme le révèlera Greenson des années plus tard… Entre humiliations, auto-flagellations mentales permanentes, culpabilité d’être ce qu’elle était devenue, M.M recherche Norma Jean désespérément tout en rejetant pourtant chaque reviviscence. Impossibles quête et enquête et résurrection vouée à l’échec jusqu’à la dernière minute. celle où elle fut retrouvée morte, couchée à plein ventre, dans la chambre de sa villa, copie miniature de celle de son psychanalyste et funestement nommée « Cursum Perficio » (« Ici s’achève ma course »)…

Ce père impossible à tuer

Au dessus de ce bordel affectif où amours, viols et partouzes se confondent en un seul concept : la Possession, planent les dérives psychanalytiques, l’œuvre du transfert et le personnage énigmatique de Ralph Greenson qui ne se remettra jamais de ne pas avoir su « sauver » sa patiente, celle qui consultait jusqu’à sept fois par jour et à laquelle il s’efforçait d’offrir l’atmosphère et la routine d’une famille heureuse… L’absence enfin, celle de cette mère folle et internée qu’elle considère comme « morte » (et qui pourtant lui survivra) mais aussi celle du géniteur inconnu, ce père disparu et donc bien impossible à tuer… La fin ? Une terrible demande ! Laquelle ? Celle d’une gamine abandonnée et livrée à elle-même avec son affolant corps de femme: celle de paternité !  « Et si vous m’adoptiez Docteur Greenson ? Si vous deveniez mon père ? » La relation fusionnelle entre la star et son psychanalyste, seule la Grande Faucheuse sera à même de la défaire…

Fusions et dissociations

Une histoire somme toute banale de psychanalyse poussée à son paroxysme.  Deux êtres se cherchent, se reconnaissent, se trouvent, se séparent et tentent mutuellement de se porter secours au sein d’un rapport collaboratif faussé à la base. Elle lui enregistre des cassettes, il lui paye un nounours. Pour elle, il devient le cavalier blanc de l’échiquier, cette pièce qu’elle conserve toujours sur elle pour se porter (mal) chance… Au terminus de sa vie, Marilyn joue les psychanalystes et possède ce pouvoir nouveau : celui d’analyser tout et tout le monde, agaçant à qui-mieux-mieux son entourage et les patrons des grands studios avec, quand Greenson, lui, ne rêve plus que de Hollywood et de tournages et d’incarner Freud au grand écran, un jour, peut-être… Transferts, contre-transfert, dissociations ? Inversions et pertes ! Pertes encore et encore, jusqu’à La Perte Fatale…

Tout Posséder même la mort !

Bref, un livre à recommander aux addicts de M.M mais surtout aux passionnés de psychanalyse. Un regret : le récit effroyable de l’autopsie de la star. Détails morbides, éviscérations… ou le désir impérieux de l’Homme de tout posséder jusqu’à la fin – et à travers la mort même – et de marquer sa domination et sa violence sur le Corps féminin suprême représenté ici par cette starlette blonde qui avait tout pompé sur Jean Harlow mais qui, vraie star, avait tout de même eu « le toupet » de devenir une véritable actrice là où tant de vrais acteurs cherchent à devenir de vraies stars… Reflets dans le miroir ? Innombrables…

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