OMG ! Nous sommes devenus hipsters sans le savoir !

 

hipsters

Bien que parisienne, j’avoue que je me suis toujours moqué des bobos du 11eme, du 12eme, du 15eme arrondissement, bref des bobos de partout et même d’ailleurs ! Il n’y a qu’aux USA, du côté de Salvation mountain qu’on peut être bobo selon moi sans sonner cruellement ring’ … D’ailleurs, c’est un peu pour fuir cette population parisienne on ne peut plus « smart » et « m’as-tu-vu? » qui ne passe pas son permis de conduire et roule en « hollandais » (entendez par-là vélo…) que j’ai quitté Paris il y a 6 ans. Fuite dans laquelle m’ont suivie mon fils et mon amoureux, devenu il y a 4 ans mon mari. Au début nous avons quitté la capitale pour le 77 puis pour le 51 et la Champagne…

« Payez-vous une Mehari kaki et le tableau sera complet ! « 

Dans le 77 où nous avions loué une grande maison (140 m2 habitables, ça le faisait bien!), nous nous sommes lancés dans l’édition en ligne et je continuais à tenir des rubriques Conso, Ecologie et Culture pour des magazines et journaux. Puis le quotidien national pour lequel je travaillais le plus a coulé, nos auteurs se sont avérés très difficiles à gérer et les sous ont manqué, d’un seul coup ! Pour éviter de balancer l’argent par les fenêtres pendant des années encore, nous avons cherché la maison la moins chère à acheter dans le coin. Notre but affiché ? Éliminer le loyer A VIE et NE PAS FAIRE DE CRÉDIT. En gros, acheter pas cher mais cash. Nous n’avons pas mis longtemps à trouver une maison quinze kilomètres plus loin mais côté Marne…

Alors nous avons eu droit à beaucoup de réflexions de nos amis et de nos proches du genre : « Vous allez vous embourber à la campagne ! « , « Vous allez déprimer et vous séparer ! « , « Qu’est-ce que vous allez foutre dans la Marne où il n’y a que des chasseurs et des bouseux ! », « Achetez-vous une Mehari kaki et le tableau sera complet !  » et autres : « Eh bah moi, j’aime pas votre mode de vie ! « , « Quand on veut une maison, faut pas acheter pas cher à la campagne ! Il faut travailler, Madame, eh oui, comme tout le monde !  » Jalousie, envie, peur pour nous ? Allez savoir… Ce qui est bien avec l’opinion des autres c’est qu’on peut aussi s’asseoir dessus ! ^^ Bref, nous ne nous sommes pas trop encombrés des critiques exprimées par des nanas qui à 30 ans bossent depuis 1 an seulement mais te bassinent avec leur morale digne de la tante Hortense (90 ans) et pour qui le seul « mode de vie » politiquement correct est le travail à outrance … et le célibat of course ! Pour moi ces nanas-là ne sont plus qu’à un pas du vibro en forme de canard ou de la ligature des trompes, ce qui revient à peu près au même. Oops ! ^^ Ma langue a encore sifflé !

« Perchés au dessus des champs de colza »

Donc faisant fi des gueuses « parisiennes » et autres empêcheurs de tourner en rond, mi-juin 2011 nous avons emménagé dans notre petite (90m2, 2 chambres) maison de village, sur une butte perchée surplombant les champs de colza. Il n’y avait à l’époque qu’une partie restaurée : les 2 chambres, la salle de bain et les toilettes à l’étage, tout le bas (salon, salle à manger, cuisine) était à refaire et nos meubles y étaient entassés. Mais entre le moment où nous avons dit « On achète! » et le moment où nous avons emménagé il ne s’est écoulé que 2 mois (2000 euros de loyer partis en fumée donc, nous avons limité les dégâts).

J’ai continué d’écrire pour des magazines écolos, j’ai monté mes propres cours de danse, j’ai couru la campagne pour faire danser la salsa, le butoh et la carmagnole… De son côté mon mari a trouvé un emploi sur la commune et tout roulait. Jusqu’à ce qu’on s’enfonce dans la Crise et que les magazines ferment les uns après les autres (époque où j’ai monté ce blog un peu pour compenser le manque d’écriture car écrire est vital pour moi).

J’ai intensifié mon travail de parolière en écrivant pour plusieurs artistes si bien que je suis entrée à la SACEM comme auteur-compositeur puis réalisateur, avant de me lancer dans la prod de mon premier album studio « Paris-Memphis ». Pendant 13 mois j’ai travaillé sur les chansons et les musiques. Une fois par semaine je prenais le train pour aller enregistrer sur Paris. J’ai aussi enregistré des singles, et une fois l’album sorti je me suis laissée prendre au jeu des concerts, showcases, soirées débranchées… Bref, j’ai passé une année à tourner à la campagne et ailleurs avec mon autoharp. J’ai aussi flirté avec les radios, télés etc. J’ai fini par entièrement travailler depuis la maison que ce soit pour mes articles, livres ou compos. J’ai même fait chanter mon mari !

« C’est l’allaitement exclusif qui donne le rythme de la maisonnée ! « 

Il y a deux ans, nous avons décidé de passer plus de weekends en dehors de chez nous car à la campagne, quand on travaille peu, on peut s’ennuyer ferme. Nous avons donc visité de nombreuses villes pas trop loin (et plus loin parfois) : Troyes et la région des lacs d’Orient, Fontainebleau et ses grès, Charleville et Rimbaud, Bruxelles et Uccle… L’an passé nous sommes partis à Camden histoire de prendre un bain de foule et de boutiques… Puis je suis tombée enceinte, j’ai passé des mois au lit, Ashley est né et son papa est resté à la maison à cause d’un vilain souci de dos. Nous envisageons actuellement de remonter une entreprise dans un domaine qui nous plairait à tous les deux. Bref, la journée quand le grand est à l’école, on est tous les trois, bébé, mon mari et moi à la maison. Alors les choses ont peu à peu changé et, de fil en aiguille, et un peu par la force des choses nous avons changé nos regards. Nous sommes tombés, avec notre bébé Ashley, dans le maternage. Nous sommes adeptes du respect du bébé, du monde d’où il vient, et de l’amour qui répond à pas mal de chagrins et petits soucis gastriques. Puisque le temps nous en avons, nous avons laissé tomber les réveils, les horloges, les chronomètres. Ashley est un bébé en allaitement maternel exclusif depuis sa naissance. Ce sont ses désirs de téter qui donnent le rythme à toute la maisonnée.

« Broc bébés, Goldwing, Buckley et Dylan … »

Nous avons cessé de vouloir être parfaits, nous FAISONS tout simplement, quand il faut FAIRE. Comme on reste à la campagne, nous arpentons chaque weekend les broc bébés et les vide-dressings enfants pour le vêtir. Je me laisse aller au look Vintage pour lui aussi. Hier j’ai acheté un lot de 3 babygros Absorba tout neuf pour 1 euro ! Ces broc bébés sont une tuerie ! On se refait une garde-robe quasi-neuve pour moins de 20 euros. Avec ma grossesse j’ai pris des hanches même si j’ai déjà perdu 18 kg, je fais du camouflage : jean slim, débardeur féminin un peu large, chemise à carreau ouverte, boots rustiques… Je viens récemment d’ajouter le bonnet de laine brute à ma tenue. Avec mes cheveux pas coupés depuis 11 mois (grossesse alitée oblige), on nous prend un peu pour des bobos ici. Et quand Monsieur sort la Celica de collection (hyper vintage) ou la Goldwing, oui on s’y croirait ! Et quand bébé pleure on lui met un vinyle de Tim Buckley ou de Dylan. Hipsta land, nous voilà ! Bref on se laisse vivre tout en tentant de gagner notre vie via le web et on a un peu tendance à retourner à la source : promenades dans les villages, pique-niques près de tout ce qui ressemble de près ou de loin à une rivière… Côté puériculture on est un peu suréquipés : on s’est fait la totale Graco, cosy-siège auto, poussette avec rangements, lit hamac avec table à langer intégrée, écharpes de portage, tapis d’éveil connecté…

« Tu l’as vu mon gros Clamshell ? « 

La semaine je travaille sur mon nouveau livre mais avec un rythme très très cool… Pour taper mes notes d’ailleurs je recherche un Ibook Clamshell fluo des années 90, celui que j’avais en 1999 lorsque j’ai commencé à écrire pour le premier mag qui m’a engagée (un magazine de boxe ! ) Mon clamshell et moi, allongés au Bois de Vincennes, sous le soleil en été, en terrasse chauffée de bistrot en hiver… Que de souvenirs ! Camille, lui, dessine et fabrique les futurs meubles intégrés qu’on va construire dans le salon pour ranger tout mon bordel (pieds de micro, sono, table de mixage, livres reliés, livres de poche, produits à chroniquer pour le blog…) A défaut de partir d’ici on a décidé de se trouver un terrain (notre maison n’a pas de jardin) pour cultiver un peu, avoir un hot tube, se détendre (encore plus, si, si c’est possible !), et de terminer la maison moitié neuf-moitié récup’.

Alors pendant les repas de famille on a bien quelques réflexions. Les gens disent à mon mari : « Avec ton parcours dans la Marine Marchande, tu aurais pu avoir un très très bon salaire et finir Capitaine d’armement! » et à moi : « Avec ta Théologie, t’aurais pu devenir enseignante !  » Au lieu de ça on est devenus Papa et Auteur de kindles, qui dit mieux ? Ce qui est positif dans notre situation c’est que dans quelques années, quand le pays sera à sang et à feu et que bon nombre perdront leur emploi (le Made in France existe encore ?) et leurs illusions, pour nous moins haute sera la Chute ! Notre « mode de vie » fait sourire certains, dresser les cheveux sur la tête aux autres (« Mais ils foutent quoi, bordel ? »). La semaine dernière un de mes cousins de Hyères est passé à l’improviste avec sa femme pour la naissance d’Ashley. Il a trouvé vraiment super qu’on soit propriétaires et contrairement à tous les empêcheurs de tourner en rond a trouvé la maison « très chouette » et « pleine de potentiel ». Pour lui le village, à 100 km de Paris, pourrait devenir un lieu « bobo » assez rapidement. Ce n’est pas faux, il y en a. De plus en plus de parisiens sapés tout en blanc l’été, portant le canotier et la besace tout cuir, viennent s’installer ici et bossent sur la capitale…

« Putain, elle l’a mis où mon tee-shirt de Kerouac la femme de ménage ?? »

Mais pour l’instant les plus gros bobos ici c’est quand même nous. On nous aime ou on nous déteste pour ça. Les langues fonctionnent à cent à l’heure, surtout depuis mes récents passages dans le canard de la région où on vante mes qualités d’artiste… Certains, ça suffit à les rendre barges… Mais on s’en fout ! Oui sans le vouloir on est devenu une famille décalée, un peu transgressive sur les bords, ça ne nous empêche pas de dormir la nuit. Ni de repasser nos tee-shirts de Kerouac ou ceux siglés « New York Time », « Camden » ou encore « Notting Hill »… Dernière « jazzerie » : avoir une femme de ménage alors qu’on bosse à la maison. Très mal vu ça ! Pourtant, nous au moins, on peut se targuer de créer de l’emploi ici ! Ainsi va la vie. Ce qui est bien sur cette Terre, même si ça en horripile certains, c’est que « Chacun fait, fait, fait, ce qui lui plait, plait, plait »… A bon entendeur…

Sur ce, bonne journée les zazous !

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3 Comments

  1. Ce qui est le plus hipster chez vous c’est probablement qu’en plus vous avez pas honte de le dire et que vous vous fichez du qu’en dira-t-on. ça c’est beau les bobos, ça a peur de rien !!! Et oser dire que vous glandez bien comme il faut à des gens qui bossent vraiment, eux. Mais bon, qui sait, c’est peut-être vous qui êtes dans le vrai. On n a qu’une vie et je suis tolérant. Chacun l’emploie comme il veut. Si vous aimez les champs et les Mehari de chasseurs, ça vous regarde ! Bien rédigé en tout cas. ça se tient ton blog. On te reconnait profondément dans tout ça l’artiste-bobo !

  2. Oui ba so french finalement ! Vous avez bien du bosser à un moment donné pour vous payer la maison, bagnole, moto etc. C’est un peu rageant de voir que ramer et trimer ne sert souvent pas à grand chose pour obtenir ce qu’on veut. C’est la vie…

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