Push Against New Fakes : « Be Kind », l’IDM qui surprend la France

Push Against New Fakes vient de sortir son nouvel EP, de l’IDM surprenante à mi-chemin entre sombre épopée sonore et voyage aérien stylé. Focus sur un opus singulier qui gagne à être connu.

J’ai découvert assez récemment le travail de l’italien Michele Panf Mantovani, musicien, auteur-compositeur et créateur de sons électroniques qui œuvre, comme on s’en doute, dans l’IDM. « Push Against New Fakes » n’est pas un pseudo ni un nom de groupe mais celui de son projet musical électronique ayant vu le jour en 2012.

2012 a été une année phare et décisive pour le musicien qui affiche un look mi-biker, mi-hipster très tatoué sur ses photos de promo et un air pas si commode. C’est l’époque où il a édité son premier travail qui comprenait déjà 6 titres absolument inédits alors et le remix d’une chanson d’Aucan. Ce travail édité sur le label Big Ramona lui offre une visibilité nouvelle et un début de renommée dans le monde de la musique Indie électronique. Mais c’est en 2014 qu’on apprend à mieux connaître le son à la fois dansant, lancinant, sombre et sophistiqué de Michele Panf Mantovani lors de la sortie de sa seconde œuvre sonore intitulée « Any Color You Can not See ». Ce deuxième opus est publié par Phonocake, un netlabel allemand spécialiste de la musique électronique et actif depuis plus d’une décennie. La même année le single « Dislike » sera repéré puis édité par le label japonais Particle Control.

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Des collaborations

Michele Panf Mantovani étant particulièrement actif et toujours inspiré, il ne s’accorde aucun répit musical et collabore l’année suivante avec l’auteure-compositrice-interprète américaine Meghan Griffith, réarrangeant la chanson « The Blackest Theme ». Une petite consécration en soi puisque pour de plus en plus musiciens indépendants italiens, français ou belges, le succès et l’évolution d’un travail sonore passe forcément par la case USA qui constitue une école de rigueur incontournable et instaure un style actuel dans la plupart des cas. Push Against New Fakes effectuera ensuite un remix de l’incontournable « Frozen Star » du groupe italien Helalyn Flowers. Une version deluxe de l’album de ce dernier est proposée à la vente (sur label Alfa Matrix) où figure le travail de Michele. Juillet 2016 Push Against New Fakes sort son troisième travail studio nommé « [im] mor [t] ality », grâce au netlabel allemand Phonocake et l’italien Stato Elettrico.

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Un EP froid, androgyne et unique

Quelques années seulement d’existence mais un parcours serein mais prolifique. C’était sans compter encore la surprise de la rentrée musicale 2017. Alors qu’on ne s’y attendait pas, Michele étonne son audience en proposant un nouvel EP sobrement intitulé « Be Kind » sur label Falerna (Laverna). Et là, le tableau Underground est complet : pochette grise minimaliste et on ne peut plus  « Indie » graphiquement parlant, figurant un buste maigrichon androgyne au visage en mouvement, flouté à l’horizontal, qu’on imagine aisément dire « non ». Des tons froids et irradiants pour communiquer cette silhouette presque enfantine. Un visuel qui colle parfaitement au contenu. Quand au label Laverna, il a l’habitude d’éditer de la musique électro à tendance Ambient, dans la plus pure tradition.

Des trames minimalistes ciselées

« Be Kind » comprend 5 titres. C’est de la vraie musique IDM-Electronique dans un style minimaliste, à tendance froide et un peu sombre. Les 5 chansons se succédant de façon évolutive figurent un voyage intérieur en apesanteur. Si la première plage demeure hypnotique, et cherche à vous porter non loin de l’état de transe, rapidement la machine s’emballe jusqu’à bouillonner… Les notes synthés marquent à la fois le rythme et les brisures de ces trames minimalistes mais entrainantes et ciselées. Les boucles répétitives ne dérangent pas mais forcent la concentration auditive. Les plages progressent de façon fiévreuse jusqu’à la plage de clôture et son outro évidente qui vient calmer le jeu et signifie la fin du voyage. Le tout sonne froid mais l’énergie est là. Et ça se réchauffe au fur et à mesure. Sans vouloir vous « spoiler », je vous donne mon ressenti sur ces 5 pistes planantes :

Track 1 : FLOW[LESS]

De la bonne EDM-Electro dans la forme qu’elle empruntait principalement dans les années 90 : une musique hypnotique et lancinante saupoudrée de claps et de sons presque « du quotidien », des chœurs célestes par-ci, par-là façon « Enigma » en moins commercial bien-sûr. Des ponts et des breakbeats qui apportent l’accalmie puis des reprises plus brutales, un son plus clinquant et des bruits plus grinçants, puis l’effervescence reprend. Le beat est inconstant ce qui façonne le côté mystérieux de l’œuvre. Le titre a tout dit : rien ne coule de source ici. C’est un morceau qui donc va piquer la curiosité au tout début de l’EP et capter l’attention et la concentration de l’auditeur. Une astuce qui permet de le faire entrer dans le voyage sonore de façon assez active plus que contemplative ce qui est souvent le cas de tout ce qui sonne un peu trop Ambient. Bien-entendu, ça reste une musique introductive mais conçue comme une naissance, un accouchement. L’auditeur assiste ici à la genèse d’une personne ou d’une terre indéfinie et un peu inquiétante. Le mystère va crescendo, jusqu’à l’arrivée vers 01:20 du tempo principal mené par des claps très nets sur un rythme 4/4+1. Le breakdown est un peu atypique dans le sens où si les boucles synthés s’évanouissent dans la nature, les voix planantes demeurent. Progressivement Michele fait entrer le clavier qui vient « normaliser » et stabiliser l’efficacité de la mélodie avant la reprise sur un drop un peu plus fantaisiste. Une belle musique d’intro singulière qui a la particularité d’évoquer, sur l’outro, une balade aquatique. Clap de fin. Cette phase aquatique était trop courte à mon goût. Mais la rareté sait aussi créer le désir et l’envie d’entendre la suite…

Track 2 : EVERY SINGLE D[EL]AY

Ici aussi le titre est évocateur. Une chanson où le delay est roi tout autant que la voix lead planante et que les choeurs qui agissent comme des échos. Je relève quelques sons tribaux, des boucles contemporaines intéressantes, un mix entre le lounge et électro brut mais tout en nuances. Un tempo 2/2 sur l’intro, des sons plus enveloppants et beaucoup plus sombres aussi. Ici, c’est le chant qui prédomine, sur une boucle intéressante de 10 pieds chantés en backs cotonneux et friables. La voix semble se muet plus tard en violons synthés. C’est un jeu entre l’organe vocal et les cordes, une danse du serpent qui a alors lieu. Puis le clavier très électro fait une entrée fracassante et on retombe dans quelque chose de très techno finalement. Les drums sont discrètes ce qui conserve quand même un aspect légèrement aérien à l’ensemble qui tend, au fil du temps à s’emballer. On est dans un début de quête de transe qui termine sur une touche un peu plus lumineuse… What else ?

Track 3 : A LULLABY FOR NO ONE

Avec le titre de l’EP (« Be Kind » : Sois gentil), cette « berceuse pour personne » vient confirmer cette nostalgie de l’enfance qui plane sur tout ce travail sonore.  Ici aussi le rythme est lancinant, mystérieux, tout en clair obscur. Le flanger vient donner une cohérence au tout et donne aussi de la profondeur au titre qui débute sur des cymbales fines au tempo dédié ultra-rapide contrastant nettement avec le tempo medium de la ligne principale. La musique s’enrichit au fur et à mesure de sons purement techno et de petits bruits aigus ajoutant de la finesse au morceau. Les voix inaudibles « bouclées » donnent un côté un peu entêtant à la seconde partie du morceau qui devient alors ultra-répétitif et gagne en noirceur. Le drop se fait plus sale et bruyant sur la fin avec l’ajout d’une voix masculine non sans évoquer l’empreinte vocale de Seal sur l’outro. La plage se termine de façon assez cosmique.

Track 4 : DRIFTING

« Dérivant ». Ce titre marque le départ. Il y a là une idée de voyage sans retour. Il sonne plus cosmique que les autres et les breaks nombreux lui accordent un côté dark et romanesque notable. J’aime les claps de l’intro et ce côté très techno spatiale de la première minute. Ici la ligne mélodique est moins claire et moins évidente que pour les autres morceaux. Une escalade de noirceur dans les sons, les basses et les drums sur la fin. A expérimenter.

Track 5 : BREATHE

Vous êtes arrivés en terre inconnue. Est-elle bienfaisante ou hostile ? A vous de savoir interpréter ce track musique selon vos émotions propres. Même si c’est une musique de clôture il y a toujours un aspect tribal propre à provoquer une plénitude aux profondeurs insondables ici. Une voix féminine émotionnelle aux accents enfantins et sucrés vous entrainent dans une dernière aventure avant de refermer le livre. J’aime la douceur de l’introduction qui est vite rejointe par les claps. Tous ces claps dévoilent quand même une intention de stabiliser une mélodie qui pourrait s’envoler librement. Ce n’est pas péjoratif mais perso je ne les trouve pas nécessaires. La voix lead, avec des vraies paroles et non des phrases bouclées, me plait. A la moitié du morceau, le son se fait plus dur. On revient dans de l’EDM plus sombre avec pas mal de boucles encore. J’aime bien ce titre qui part de quelque chose d’assez spirituel et céleste pour déboucher sur une musique plus terre à terre et dure et rigoureuse.

Au final, « Be Kind » peut-être vu comme une épopée sonore qui vous mènera dans un monde inconnu apte à titiller l’imagination. Nous ne sommes pas ici dans une musique qui vous fera méditer mais plus dans l’expérience sonore pure. Que dire d’autre sinon que le mix harmonique est au top ?

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