Ravenscroft : le côté le plus sombre d’Orange County, Californie

Orange County, ses villas, ses fruits de mer, son hard rock…

Comme moi vous connaissez probablement Orange County en Californie (le Comté, au moins grâce à la fameuse série un peu neuneu homonyme…) Orange County, ses fils de millionnaires bien propres sur eux, ses bombasses dopées au fitness, ses villas californiennes avec piscine et pool-house de 200 m2 pour les « invités du dimanche », sa jetée de bois blanc, ses fameux restaurants de fruits de mer et… son hard rock local ! Un hard qui tend à s’étendre au niveau national et international à travers l’emblématique groupe Ravenscroft… Pour vous parler de Ravenscroft et de ses gars déchainés délivrant des mélodies rock alternatives fabuleuses, j’ai dû m’accrocher à mon stylo, encore et encore et ne rien lâcher ! Non pas que les gars soient « intouchables » (si vous leur demandez gentiment une interview de blogger, ils s’exécuteront peut-être), mais plutôt que lorsqu’on pénètre leur nébuleuse il y a énormément à remarquer et à dire, à commencer par leurs influences pour le moins éclectiques.

Saccages en séries et en bonne et due forme

Ainsi, le groupe made in Calif’ distille un son à la croisée des chemins Old et New School. Imaginez le juste milieu entre Black Sabbath et Tool, Drowning Pool et Shinedown ou encore Creed et Godsmack. Le simple fait de se situer à la lisière de ces emblèmes leur confère ce côté éminemment familier et, perso, je pense que même si on n’aime pas le hard rock du tout on saura au moins apprécier l’efficacité de leur travail, tout en synergie, et leurs paroles singulièrement sombres et poétiques frôlant parfois le Gothic Rock. Oui, Ravenscroft a su tisser son canevas sonore de voix profondes aux tonalités étendues et riches, d’harmonies éclectiques sur fond d’énergie saccadée défoulante et bienfaisante pour les nerfs (lâcher-prise ça fait du bien parfois !). D’ailleurs, leurs faits d’armes, si je puis dire, sont reportés par plusieurs journaux californiens locaux : à chaque concert la foule décompense en bonne et due forme et c’est un peu le carnage niveau sièges et salle… La furie galopante et contagieuse étant l’apanage des très bons groupes de hard rock personne aucun organisateur n’a encore trouvé à y redire… Le groupe Ravenscroft sort ce mois-ci son nouvel EP. J’ai pu l’écouter en avant-première et laissez-moi vous dire que ça envoie grave ! La précieuse petite chose se nomme « Rebel » et vous pouvez déjà profiter de 2 singles en pré-écoute à savoir The Chase and My Dearest One (une ballade comme on n’en fait plus…) sur la toile.

Un opus classieux basé sur des sons fondamentaux

Avant de vous parler des membres du groupe, qui valent tous le détour, disons, en guise de préliminaires, que Ravenscroft nous offre ici un EP solide et assez pointu, sombre et poétique. Ce qui prédomine dans la puissance, c’est l’émotion et la profondeur crue, sans artifices de leur jeu. Leur travail est, selon moi, à classer parmi les meilleurs de l’année qui débute. C’est fort prometteur. Il y a aussi là une certaine classe, un opus « classieux » qui oscille entre l’école classique et le hard plus contemporain. Une chose est sûre : la subtilité est présente dans chaque chanson, chaque mélodie et je ne parle pas que de subtilité vocale… Le son distillé repose sur des bases fondamentales : ils reprennent les indices majeurs du Blues, de l’Early Roots Rock, du Métal des 70 et 80’s avec des touches de Rock Psyché et acide. On peut y entendre également sur certains titres une influence grunge en provenance directe de Seattle. Ajoutez un brin d’atmosphérique à tout ça et vous obtenez le son si caractéristique de Ravenscroft.  S’il est aisé de déterminer les éléments qui composent la musique du groupe d’Orange County, la recette serait ardue à reprendre à sa propre sauce car c’est bien la voix robuste de Ralph Buso qui mène la danse (de façon un peu abrupte parfois mais de façon humaine et universelle avant tout) et qui permet à l’alchimie de « prendre » comme un bon soufflet. Quand on rencontre les artistes de Ravenscroft il devient évident qu’on a à faire à des personnes inspirées et inspirantes, qui savent se servir du côté absolument digital de la nouvelle industrie musicale (attention ils ont quand même quelques 20 000 followers sur facebook, bon score pour un groupe Indie).

Ralph, Devin, Pat et Brett forment Ravenscroft

Ralph Buso, le chanteur, n’a pas toujours vécu à Orange County. Bien au contraire, il vient du sud du Bronx. C’est tout gamin qu’il perd son papa. Un deuil qui précipitera le garçon de 10 ans dans la tristesse mais aussi dans le questionnement existentiel. Il hante alors de ses pas et de ses cogitations le quartier de Poe Park. Si comme moi vous aimez New York, vous connaissez certainement ce lieu mythique qui abrite la célèbre ferme blanche (le « Poe Cottage » comme on dit) qui reçut Edgar Allan Poe de 1846 à 1849 et où il écrivit « The Bells », « Eureka » ou encore « Annabel Lee ». Parions que le lieu a profondément inspiré le petit Ralph qui commence à s’y rendre régulièrement pour écrire là où le « maître » écrivait aussi. Il faut dire que le deuil sur un enfant de cet âge ne s’effectue jamais… Alors Ralph écrit et compose comme pour exorciser le destin, pour se libérer et s’exprimer, probablement. Au début il ne s’imagine pas chanteur. Il joue de la basse et du clavier dans deux groupes mais un jour où il s’essaye au chant, son talent ne fait plus aucun doute pour ses amis. Bien que compositeur, il prend alors le micro. Lorsqu’il relate cette période compliquée et sombre de son enfance, Ralph explique qu’il aimerait être un motivateur pour ceux qui traversent actuellement ce qu’il a vécu. S’il souhaite que sa musique soit entendue, il espère davantage encore qu’elle soit un véritable remontant pour tous ceux qui se sentent partir à la dérive. Une belle âme dans une voix rugissante ! What else ?

Devin Baker, le bassiste, a, pour sa part, grandi à Tustin en Californie. Le petit veinard a eu la chance de voir Black Sabbath en concert à Boston lorsqu’il était enfant, avec ses grands frères, mais aussi Van Halen au Stadium d’Anaheim. C’est pour lui une révélation. Il sait qu’il veut devenir musicien ! Cet appel est clair pour lui. Dès le lendemain, hop, son père lui-même guitariste l’emmène dans un magasin de musique et lui offre une basse. C’est au lycée qu’il montera son premier groupe au nom fort prometteur qui devait plaire à son Principal … Outrage !

Pat Magrath, son truc c’est la batterie. Déjà bébé il se tortillait dans tous les sens lorsqu’il entendait des basses et tapait en rythme sur le plateau de sa chaise haute (ceci me rappelle quelque chose…) C’est vers 10 ans qu’il s’offre ses premières baguettes. Plus tard il étudiera les percus africaines à la fac et s’enthousiasmera pour les tambours des Caraïbes et d’Afrique. Par ailleurs il a grandi un peu en dehors de Saint-Louis dans l’état du Missouri d’où sa famille sera expropriée. Il se consacrera alors à sa musique. Ses influences sont principalement afro-américaines. Il enseigne la batterie. Passé par plusieurs formations ce qu’il apprécie chez Ravenscroft c’est le fait que tout le monde écrive ensemble dans une forme de fraternité respectueuse.

Brett Gorke est guitariste. Il vient de San Diego et est reconnaissable à sa superbe crinière ! Il joue sur une belle guitare Flying V, son arme de séduction secrète! C’est au jardin d’enfant qu’il s’est mis à la guitare grâce à une institutrice également professeur de musique. Il a joué dans de multiples groupes de hard rock tout en respectant ses influences KISS et Judas Priest. Ce qu’il aime dans le groupe c’est le sentiment « egoless » qui en découle. Il apprécie également d’hypnotiser le foule et s’en fait une véritable mission. Le zen collaboratif lui plait ainsi que cette facilité à écrire ensemble au sein d’une formation chaleureuse, d’une seconde famille.

Comme je ne veux pas « spoiler » ni parasiter la sortie de l’EP complet, je ne vous parlerai ici que des deux titres en libre écoute à savoir « My Dearest One » et « The Chase ».

rebel

My Dearest One

C’est une chanson qui est très bonne autant au niveau des paroles que de la mélodie ultra-efficace. Elle contient un solo de guitare hors du commun et hors du temps comme on n’en fait plus. C’est vraiment du solo de haut vol si vous voyez ce que je veux dire. Tout en gardant sa forme de balade classique sonnant un peu 90’s, elle va s’enrichissant d’harmonies vocales qui vous entraine vers ledit solo constituant vraiment le point d’orgue de la compo. Il y a là une puissance mélodique titanesque. J’aime les percus présentes mais pas envahissantes, la guitare électrique qui construit une base solide au morceau et qui offre de la stabilité émotionnelle à l’ensemble. Au début on écoute avec net intérêt mais quand résonne le dernier refrain on est alors en « plein dedans » et là on se dit qu’on à à faire à des Grands. C’est un sentiment de découverte légitime : on se demande jusqu’où ils iront sur le chemin de la réussite car ils ont vraiment l’étoffe de groupe énormes comme Mötley Crüe par exemple. Mais pas que. J’ai immédiatement pensé à Guns ‘n’ Roses. Il y a là ce côté romantique et un peu « fleur bleue » mais sans falbalas qui ressort par endroits. La voix de Ralph est à la fois puissante, pleine de passion et on sent qu’il vit les paroles plus qu’il ne les chante… Les paroles sont évocatrices d’une histoire d’amour fanée : « J’ai tellement pleuré, je ressens toujours cette douleur à l’intérieur de moi, Ma plus chère, libère-moi ». Sur la fin on a cette dimension intemporelle dont je parlais, comme dans un vieux film romantique, ou comme dans « November Rain » des Guns’n’Roses, cette ambiance séduisante comme un cliché à mi-chemin entre l’amour qui se fane et celui qui se prépare. Bref, j »ai adoré.

 The Chase

C’est l’opposé total de la première. La chanson est beaucoup plus violente et tapante. Les voix mélodiques sont très étudiées et frôlent la perfection. On se rend compte de l’ampleur et de la capacité vocale du chanteur. C’est une voix rock classique et grandiose. Les autres voix, choeurs et backs, sont bruts tout en demeurant glissants par endroits avec un vibrato soufflé qui envoie autant que les sonorités majeures. La guitare est vraiment intense et haut de gamme ici aussi, il y a plusieurs solos avec distorsions, fusions et superpositions à tous les étages. On peut dire honnêtement que ça fuse dans tous les sens. Les paroles appellent à vivre au jour le jour, à profiter plutôt que d’opter pour un monde matérialiste et léger. Elles encouragent à la droiture et à la sagesse. C’est une hymne à l’amour de la vie et un appel à vivre au delà de sa zone de confort et sans filet de sécurité. La basse, quant à elle, est incroyable à l’instar des tambours assez violents mais clairs et propres. Bref, c’est la seconde belle surprise de ma revue.

Au final ce groupe californien nous offre un son hard rock épique et c’est vraiment la découverte musicale de l’année. Un incontournable. Vivement la sortie de « Rebel » et les concerts en France !

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