Une mamy pour la vie

Mamy Louise
Ma grand-mère Louise, à 5 ans

Revoici la Fête des Grands-mères. L’occasion pour moi de me remémorer les bons moments passés avec la mienne, disparue il y a quelques années, injustement emportée par la maladie d’Alzheimer… Ma grand-mère portait un prénom très à la mode actuellement (Louise) dont elle était d’ailleurs très fière. Pour elle Louise, c’était bien entendu « Louise Brooks » la fameuse Loulou du Texas… Mamy était de Marseille et elle était très attachée au Vieux Port, à la Canebière et à Fernandel et à la « Butineuse », bien-sûr ! Mais en se mariant avec un jeune alsacien (mon grand-père, originaire de Sainte Marie aux Mines), elle porta un nom de famille originaire d’Alsace-Lorraine et devint donc, en plus d’être provençale, un peu alsacienne par prolongation.

Mamy Louise avait un caractère de feu mais était toujours bonne pâte avec les enfants qu’elle adorait et choyait tous comme si c’était les siens. Le soir, les enfants qu’elle gardait pleuraient souvent au moment de rentrer chez eux. Il faut dire que pour les enfants, ses petits enfants ou les enfants des autres, elle se pliait toujours en quatre. Après m’avoir gardée pendant des années lorsque j’étais enfant, elle garda mes petits cousins jusqu’à tard, jusqu’à ses 77 ou 78 ans me semble-t-il.

Ainsi Mamy était la seule personne capable de se lever à 7 heures du matin pour courir jusqu’au magasin d’animaux me racheter une tortue de Floride pour remplacer discrètement celle qui avait rendu l’âme la veille, à m’acheter un vélo flambant neuf sur un coup de tête alors qu’elle ne percevait qu’une maigre pension qui ne suffisait même pas à la nourrir elle-même, à se moquer de la choucroute décolorée de la voisine à la peau mâte du dessous en l’appelant en souriant « la belle blonde », à surnommer tous les gens peu aimables « gracieux » ou « gracieuse » devant leur nez (« Elle est mal réveillée, Gracieuse ? »), à chantonner « Le chapeau de Zozo » de Chevalier, dans la rue, en allant faire les courses, à jouer au tiercé en espérant (presque jusqu’à sa mort) devenir millionnaire un jour, peut-être… Elle était enfin, lorsque j’étais petite, la seule personne à avoir bénéficié de mes « Cours d’anglais » et à avoir répété très sérieusement après moi : « What time is it ? » « A plate » « A table » « A chair » et à se souvenir de tout ce vocabulaire acquis quelque 30 ans après !

Mamy avait aussi quelques expressions bien à elle :

« Fais du bien à Bertrand, il te le rendra en caguant! »
« Chacun fait ce qu’il lui plait! »
« A chaque jour suffit sa peine ! »
« Demain est un autre jour! »
« Dans la vie faut pas s’en faire… »

Lorsque ses petits-enfants étaient en conflit avec leurs géniteurs, elle les réconfortait en disant : « T’inquiète pas ! Quand tu seras grand tu feras ce que tu veux! »

Lorsque Noé, mon premier fils est né, il y a presque 11 ans, Mamy qui était déjà malade avait noté partout sur des bouts de papier : « Noé :  patriarche, fils de Lamech, descendant de Seth. Dix générations séparent Noé d’Adam ». pour faire bonne figure et se souvenir. Elle était très heureuse que j’ai aussi donné à Noé le prénom d’un de ses petits frères disparus, Jean. Mais, peu à peu, la surdité et sa mémoire qui flanchait la séparaient de nous et de la réalité.

Même si je vivais à Paris et elle à Marseille, j’étais en étroit contact avec ma grand-mère, par courrier (elle aimait trouver des lettres le matin dans la boite, cela l’occupait car elle lisait et relisait les courriers des dizaines de fois et restait très attachée aux lettres qu’elle trouvait bien écrites) mais aussi par téléphone. Avec le mobile, j’appelais ma grand-mère presque tous les jours, parfois en attendant le métro, d’autres fois en me promenant aux Tuileries ou sur les bords de Marne en baladant Noé dans sa poussette. Elle aimait que je lui dise ce que je faisais, elle avait ainsi un peu l’impression de participer à la vie de famille à distance.

Lorsque le petit Ashley est né il y a 3 semaines, je n’ai pu m’empêcher de penser à ma grand-mère et à la joie que cette nouvelle naissance lui aurait apporté. Peut-être nous voit-elle, de là-haut ou de là où elle se trouve… Allez savoir, plus le temps passe moins on est certain de quoi que ce soit !

Je crois qu’une mamy, quelle que soit la période à laquelle elle disparait demeure une Mamy pour la Vie. Elle fait partie de ces regrettés et disparus qui continuent de nous hanter, de nous accompagner et de nous soutenir sur la Route de la Vie. Leurs rires, leurs sourires et leurs expressions continuent de nous poursuivre tout au long du chemin… Et cette année, plus que les autres, où je me sens bénie d’avoir eu un petit garçon à 40 ans et d’avoir menée à bien une nouvelle grossesse à risques, j’ai eu envie de dire « Bonne fête Mamy! » d’où ce petit billet presque « d’humeur », et de ré-écouter « Le chapeau de Zozo » qui a bercé, grâce à elle, mon enfance :

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